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 Purple rose

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PNJ Claire
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MessageSujet: Purple rose    Purple rose  ClockJeu 24 Déc 2020 - 17:56






Purple rose  Aj4n





Merci encore, Geralt. Et bonne chance sur la Voie.

Olgierd Von Everec se dirige vers sa nouvelle vie. Ses yeux étaient éblouis par l’aube qui pointait à peine le bout de son nez.










Son visage s’abaissa vers sa main droite. Une plaie s’y était ouverte lorsque Geralt avait pris de ses mains tendues l’épée personnelle du rouquin, qu’il avait nommé Iris. Le sang s’y écoulait toujours, paisiblement, et les sensations d’engourdissements et de fourmillements dans la paume de sa main le fascinaient comme s’il découvrait ce ressenti pour la première fois.

Il marchait sans savoir sa destination. Il n’arrivait pas encore à bien se rendre compte de ce qui venait de se passer : Gaunter De Meuré avait été vaincu par Geralt de Riv et il était libre.

Il observait le sang faire son chemin dans les plis de sa paume de main, dégringoler jusqu’à son poignet. Les gouttes perlaient le long de son bras. Ses yeux, captivés par ce phénomène qui lui était inconnu depuis des temps immémoriaux, brillaient comme deux lanternes dont la flamme venait de naître pour ne plus jamais s’éteindre.

L’on ne pouvait pas dire combien de temps s’écoula alors qu’il errait sans but, ensorcelé par la vue de sa propre hémoglobine.

















La lourdeur de ces années de vie interdites s'écrase sur ses épaules subitement durant son extase. Il trébucha sur le coup et manqua de s’étaler face la première dans la boue. Déboussolé, le rouquin se releva comme un ivrogne pris de vertiges. Il se sentait extrêmement vieux mais pas extrêmement sage. Ce constat lui arracha un rire dégoûté de lui-même. Il avait l’impression pour la toute première fois, pour de vrai, d’être dans un corps qui appartenait à un passé révolu et si lointain que sa propre existence était une insulte à l’équilibre naturel des choses. Il ne se reconnaissait plus réellement dans ce corps antique qui pourtant n’avait aucune trace des affres du temps. Mais son esprit, lui, était profondément marqué par ce fait.

Il s’étira de tout son saoul comme pour mieux s’approprier ce corps qui n’était plus guère agréable à habiter. Il fallait s’y faire, supporter cette charge mentale de ce temps écoulé qui représentait plus d’un siècle. Cette fatigue viscéralement ancré dans son être parlait pour lui de l’épuisement que cette vie majoritairement dénuée de sentiments lui faisait éprouver à présent, maintenant qu’il redevient entier. Il était déphasé avec ce corps de jeune freluquet qui ne représentait plus la réalité : ce n’était qu’un miroir à son passé tumultueux.

Il vit son visage dans une flaque d’eau et s’éxamina avec un vif écoeurement. Cette trogne qui était la sienne représentait toutes les erreurs qu’il avait commises et auxquelles il devait faire face de plein fouet dès maintenant.

Il stoppa sa marche. Il se retourna pour regarder derrière lui. Il se mit à courir dans le sens inverse. Il courut jusqu’à s'époumoner et il s’en étonna. En premier lieu, ce dernier ne s’était pas rendu compte qu’il avait parcouru autant de chemin. Lui qui n’avait plus rien ressenti depuis des siècles, à part des souvenirs de quelques fortes émotions gravées dans son âme, ne pouvait qu’être ébahi devant ces sensations propres aux mortels qui investissent à nouveau son corps.

Geralt !” s’écria t-il en arrivant à l’endroit où il l’avait laissé tout à l’heure.

Mais il n’était déjà plus là.

La déception l’enveloppa et il se sentit tout d’un coup fébrile. Il décida de s’asseoir pour se remettre de ces sentiments qui, progressivement, émergaient en lui. Olgierd Von Everec ne savait plus comment traiter correctement ce flux d’informations, de ressentis violents qui atterrissait dans son âme, dans son corps entier, et qui le tenait aux tripes.

Des tremblements incontrôlables saisit ses membres. Il prit sa tête entre ses mains et ferma les yeux quelques instants.

Qu’est-ce que j’imaginais…” marmonnait-il. “L’idée de voyager aux côtés d’un sorceleur n’est qu’un moyen pour fuir ce à quoi je dois faire face maintenant…

Il resta là, à contempler le soleil qui s’était levé depuis sa dernière entrevue avec Geralt de Riv, alors que quelques heures plus tôt ce dernier s’était tenu à l’exact même endroit pour méditer avant de reprendre sa route.

Peut-être avait-il besoin d’un ami, après tout. Olgierd n’en avait aucun. La compagnie Rédanienne dont il était le chef n’était plus rien pour lui, à part un souvenir douloureux associé à son long vécu de solitaire insensible, sans son phare à ses côtés : son frère Vlodimir, dont il était responsable pour sa mort. Un premier pic douloureux s’enfonça dans son torse. Il se surprit à suffoquer. Le rouquin porta sa main directrice à sa gorge pour la tâter, comme pour faire passer cette mauvaise toux qui l’étouffait.

Par sa réponse à une question tortueuse et à la mauvaise personne, il avait ôté la vie à son frère. Son sang. Son meilleur ami. Son partenaire, toujours prêt à l’épauler.

Qui de votre femme ou de votre frère préférez-vous ?

Il s’était amusé d’un rire jaune de cette question à laquelle l’on ne pouvait décemment pas répondre. Ces deux personnes représentaient les piliers de sa vie, comment choisir ? Pourtant, il avait finalement répondu : Iris.
Quelques jours plus tard, Vlodimir décédait dans une querelle sans honneur, d’une mort qui ne lui rendait pas hommage : la nuque brisée contre une table.

Il se recroqueville contre lui-même, enfonçant ses ongles dans son crâne à moitié nu. Il sentit le bout de ses doigts enfouit dans sa tête ouvrir des petites entailles dans sa longue cicatrice crânienne. La douleur qui en jaillit le fit redoubler d'efforts pour se scarifier davantage : ce n’était pas assez. Pas assez de souffrance pour ce qu’il avait provoqué avec son souhait égoïste de garder Iris pour lui. Tout partait de là, absolument tout.

Son corps était secoué par un rire dément qui s’était mêlé à sa bronchite soudaine. Il ne contrôlait plus rien : ni son souffle, ni la force qu’il exerçait sur sa propre boîte crânienne, ni les spasmes qui le parcouraient ou les larmes qui déboulaient rageusement le long de ses joues. Si Olgierd avait pu se contorsionner davantage pour se replier sur lui-même, à cet instant précis il l’aurait fait pour se soulager. Comme pour se faire tout petit jusqu’à disparaître.

De surcroît, il avait l’impression d’avoir vécu la vie de quelqu’un d’autre en se remémorant ses aventures durant sa vie d’éternel. Des souvenirs mornes et ennuyeux puisque rien ne l’égayait ou presque. Il se demandait qui était cette personne qui avait vécu à sa place, dans son corps, qui avait perdu tous ses traits caractéristiques liés à sa personnalité, et qui surtout… avait abandonné sa femme à un funeste sort.












Iris Von Everec est morte de chagrin.












L’hémoglobine s’étalait en de larges fleuves sillonnant le flanc de son crâne dénudé, zigzaguant sur son oreille, son visage et son cou. Ses ongles, pleinement introduits dans l’entaille jonchant sa tête, étaient totalement imbibés de son propre sang, à un tel point que ses doigts n’étaient plus visibles dans ce volcan de sève vitale qui jaillissait de lui.

Il hurla tout ce qu’il pouvait. Il cria toute l’horreur de la situation qui lui tombait dessus, tout son désespoir face à l’ampleur avec laquelle ses sentiments revenaient le hanter et le torturer, toute sa haine pour son nombrilisme qui l’avait damné lui, son frère, son aimée.
Il beugla sa rage noire contre lui-même en ayant pleinement conscience de qui il avait été et de ses raisons égocentriques l’ayant poussé à se détruire lui et tout ce qu’il aimait. Il maudit Gaunter de Meuré d’être né. Puis il en fit de même pour ses parents. Il voulait trouver un coupable pour son impétuosité, mais Olgierd ne put que constater qu’il était le seul blâmable pour son vécu misérable.

La conclusion était fatale. Le sang avait en partie séché sur l’aile gauche de son crâne et de son visage au rictus colérique et désespéré à la fois. Ses ongles cessèrent enfin de persécuter sa boîte crânienne tailladée. Ses mains tombèrent pesamment le long de son corps alors qu’il s’écroula vers l’avant en tombant à genoux. Il leva son visage crispé dans une expression de souffrance inéluctable vers le ciel. Son esprit dérangé lui donne l’impression qu’un nœud de ronces déchirait ses boyaux, mettant en charpie ses abats et ses tripailles. Cette représentation mentale des ronces était intimement lié à la Rose Violette, cette relique qu’il avait laissé à sa femme comme dernier souvenir de leur amour. Les épines de cette relation tortueuse venaient punir Olgierd pour ce qu’il avait fait.

Il se souvint alors que par le passé, lorsque Gaunter De Meuré était venu à lui, il avait déjà ressenti cette sensation. Comme pour le prévenir de ce que serait son avenir. Et lui, il l’avait ignoré, bien trop imbu de lui-même pour croire qu’une tragédie pire que celle de la venue de ce Prince Ophir dans sa vie pourrait advenir.

Le regard plein de défi, l’air altier. Jadis, la main tendue pour accueillir le présent du Maître Miroir, le rouquin avait accepté de plein gré de se donner à ce pacte qui avait scellé son destin et celui de sa femme. Tout ce qu’il voulait, c’était renverser ce maudit Prince Ophir. Après tout, il était Olgierd Von Everec. Le meneur. Celui qui était suivi et adulé, celui qui renversaient les situations et sortait vainqueur de ses joutes quelles qu’elles soient ! Personne ne pouvait lui résister. Et ce coup de pouce du destin, ce Gaunter de Meuré sur sa route n’était qu’un moyen pour parvenir à éliminer celui qui se mettait sur son chemin. Il n’était qu’un pion. Et bien que les ronces hérissées débordaient de son ventre pour venir l’enserrer, petit à petit, tout entier, Olgierd n’en eut que faire. Cette projection mentale étrange dans laquelle il se voyait couvert d’un sang qu’il croyait être le sien, mais qui en réalité était tout autre, et de ces infâmes ronces qui lui grimpaient dessus depuis ses entrailles n’avait été perçu que comme une sorte de défi. Il n’avait pas peur de se blesser pour demeurer l’époux d’Iris. Seule sa volonté de l’emporter importait. La mise en garde de la Rose Violette avait échoué.





















Purple rose  OLGIERD_VON_EVEREC

























Ses yeux contemplaient un vide si profond qu’il n’avait plus guère l’impression de faire partie de ce plan de l’existence. Olgierd sentit son coeur matraquer sa poitrine jusqu’à n’en plus pouvoir : le rythme faiblit, encore et encore, et

il se sentit partir tout d’un coup.





































Purple rose  Pki1











































Ce flash lui arriva en pleine figure. Comment et pourquoi pouvait-il avoir accès aux derniers moments de cette ignoble créature ?

"Non ! Non ! Ressaisis-toi Olgierd, il est vaincu pour de bon !"

Il compressa ses dents si fortement les unes contre les autres que ses gencives commencèrent à s’égratigner laborieusement. Du sang emplit ses muqueuses buccales et le sortirent de sa torpeur.

Olgierd hurla sa fureur une nouvelle fois à la face de ce monde vicié et il frappa de ses deux poings et de toutes ses forces le sol. Il eut toute la peine du monde à se relever mais il le fit, le regard noir et la mâchoire toujours autant serrée. Abandonner comme un lâche ses responsabilités, n’était-ce pas déjà ce que son ancien statut d’immortel l’avait involontairement poussé à faire ? Passer sa vie à vainement tenter d’éveiller la moindre émotion chez lui en repartant dans un objectif égocentré, laissant son frère dans le tombeau familial, laissant sa femme seule dans son manoir avec pour seule compagnie celle d’un gardien mort-vivant et deux démons aussi insensibles que lui ?

Quel fier dernier représentant de la famille Von Everec je fais si je ne suis pas en mesure d’affronter dignement la réalité et si je ne peux dompter les plus ardents de mes sentiments !” S’indignait-il d’un ton à moitié moqueur et à moitié enragé.

Le tempérament de feu d’Olgierd l’avait suivi toute sa vie. Borné, impétueux, colérique, égocentré, égoïste, bon vivant, tout ça il l’était. Par contre, être fourbe n’était pas un trait de personnalité qui lui correspondait : il préférait davantage foncer, confiant, avec ses idéaux et son sabre à la main. Il n’allait pas aujourd’hui reculer devant les faits accomplis, non, pas devant ses propres erreurs qui venaient maintenant l’emplir de remords, aussi monstrueux puissent-ils être.

Tel un macchabé, il avançait, la face ravagée par le sang et la souffrance, l’étui de son sabre vidée de sa chère lame ophir Iris. Olgierd Von Everec n’avait plus rien et n’était plus rien. Ce sombre constat marquait le début de son aventure dans cette nouvelle vie que lui avait offerte Geralt de Riv en décidant de le sauver.

Le rouquin décida que sa première destination serait le mausolée familial.
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MessageSujet: Re: Purple rose    Purple rose  ClockVen 8 Jan 2021 - 23:32



Des rives de Blanchefleur aux contreforts des Montagnes Bleues, la guerre faisait rage. Ce n'était plus qu'une question de semaines avant que la Rédanie s'écrase sous les éperons des troupes noires de Nilfgaard. Des mois durant, la douce contrée septentrionale avait été mise à feu et surtout à sang, de sorte que nul bosquet, nulle forêt pouvant servir de refuge ne fut maculée de d'hémoglobine. Et pourtant, alors que des milliers de frères et de sœurs s'entre-éviscéraient pour le compte d'un roi jamais vu pour la plupart, il existait un endroit isolé de la désolation de la région. A quelques lieues du delta du Pontar, près des mas de Venteprès, il demeurait quiet en toute circonstance.



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Le calendrier elfique annonçait le 12 du mois de Yule, 23 Nivôse 1273 chez les Rédaniens, aussi il fallait être muni d'un œil avisé pour débusquer le sentier à travers les frimas tardives. Mais une fois les coteaux meurtris franchis, il apparaissait : L'asile persifleur à toute la folie de l'homme : Le mausolée. Et pas n'importe lequel car, par-delà le rempart de vignes séculaire, se tenait la crypte familiale des Von Everec. Aussi morbide que fusse son rôle, la bâtisse de pierres ciselées était une véritable œuvre d'architecture Beauclairoise.




De tout temps les Von Everec avaient tenus à ce que leurs morts reposent aux côtés du manoir dynastiques. Ils croyaient que, s' ils étaient maîtres en leur domaine, ils perdaient leur droit terrestre au profit de leurs défunts aïeux la nuit tombée. C'est pour cette raison que le caveau avait été édifié de sorte à être plus beau encore que la maison Everec. Le pavage régulier de pegmatite nacrée menait de l'arrière du jardin à une gloriette entourée de deux braseros de marbre. C'était le seuil de la nécropole appartenant à la famille la plus roublarde de tout les royaumes du Nord. Un seul détail noircissait le tableau annoncé : pour la chambre des deuxièmes maîtres de maison, le gardien semblait s'être donné bien peu de mal pour l'entretenir.








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Plic. Ploc.






Arrr... Encore un peu...




A l'intérieur du tombeau collectif, régnait un froid vert. Un froid à l'odeur fongique. Mais il n'y avait personne pour s'en plaindre. La pièce principale était circulaire, de manière à ce que chaque sépulture tourne autour du brasero central, véritable synecdoque du leitmotiv Von Everec :








« 'Nasqui de nusquam, mox venti et'ψ succendam nobis. Et'ψ nostrum ardens multia" Γquod testiculum calidumר rex et'ψ regina stratoria calidumת  »

-

« Nés de nul part, très bientôt la bise viendra nous éteindre. Que notre brasier soit immense ; qu'il réchauffe les bourses des rois et les couches des reines »





Plic. Ploc.






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Tous dormaient ici.





Ratibor Von Everec, le Cramoisi – Dynaste des Von Everec,
Gerdur Von Everec,
Sir Alexy Von Everec – L'incendiaire de Gors Velen,
Tristana Von Everec,
Ernest Von Everec, le Rougepourceau - Pourfendeur de la bête de Maribor,
Eulalie Von Everec,
Kestatis Von Everec, le Vermeil – Ataman et Amant des reines de tout le Nord,
Honoratina Von Everec,
Bohumil Von Everec, le Castillan – Père des deux plus beaux fillots de toute la Rédanie,
Kristina Von Everec,



Et... Vlodimir Von Everec. Le Sanglier Carmin - l'homme libre. Frère regretté.





Tous dormaient d'un sommeil sans songes, les paupières ouvertes, bien à l'abri dans leurs couches de pierres. Tous, sauf un. Accoudé à l'encensoir de marbre au milieu de la pièce, depuis quelques jours éteint, il tremblait de tout son non-être.



Plic. Ploc.



Piètre existence que celle d'un spectre. Nul doute que le terme « autre-monde » à été choisi comme litote malhabile. Ou bien par un fieffé ignorant ne se doutant de l'ironie de sa farce. Car les fantômes vivaient bien parmi nous. Certes leur vue nous était impossible, nos iris étant dépourvus de magie. Mais il étaient bel et bien condamnés à errer à nos côtés jusqu'à ce que le monde soit devenu blanc une fois pour toute. Mais pour l'heure ils nous accompagnaient. Sans que nul ne puisse les entendre.




Seulement, les revenants qui partageaient un sépulcre pouvaient communiquer entre eux. De manière sporadique. Au bout d'une éternité, il appert que l'on avait beaucoup moins de choses à se dire. Il n'empêche que Vlod faisait de son mieux pour ne pas éveiller une fois encore les quolibets de sa maudite ascendance.



Plic. Ploc.




Plus il y pensait, plus il riait jaune. Sa vie n'avait été que stupre et concupiscence. Même dans sa mort, déshonorable au possible il avait pu, par la force des choses, joindre ses illustres ancêtres... Pour se rendre compte qu'ils n'étaient qu'une bande d'épais butors. Mais à force, il s'était acclimaté à l'ambiance locale. Il avait accepté de devoir passer au crible du jugement chaque élément de sa mémoire. Il avait même accepté de devoir rester attaché à ce monde sans pouvoir faire autre chose qu'être ancré à cette crypte poussiéreuse. Et puis son frère, par le biais d'un légat aux cheveux grisonnants, lui avait fait goûter une nouvelle fois à la flamme de la vie. Le temps d'une soirée.


Plic. Ploc.


Et depuis, il en perdait raison. Le cadet Von Everec savait pertinemment que ses tentatives étaient vaines et pourtant. De toute son âme il languissait de pouvoir ne serait-ce palper qu'un instant encore la sensation d'être en vie. Et c'était bien toute son âme qu'il déchirait littéralement à force d'essayer de s'incarner.









Plic.



Sans relâche, il retournait au monticule blanc au milieu de la salle s'accouder et sans relâche il faisait vibrer son spectre dans l'espoir de l'accorder à la tonalité de la vie. L'exercice était atrocement douloureux. Même pour un individu dénué de système nociceptif. Mais le pire était que son martyr n'était presque pas vain. Presque. Car à chaque fois qu'il ré-essayait, il faisait perler du plafond quelques gouttes de jus fongique. Prouvant de la sorte qu'il perturbait au moins un tant soit peu le cours de l'existence. Ce qui est le propre de la vie humaine.


Ploc.


Mais toutes les velléités du rouquin se soldaient perpétuellement par une nouvelle déchirure dans son âme, la déstabilisant toujours davantage. Mais faisant également s'écouler davantage d'eau de l'espoir. Et à cause de ça, il ne s'arrêterait pas. La torture d'avoir vécu une deuxième fois était pire que les désincarnations répétées qu'il s'infligeait.


L'incarnation lui faisait revivre chaque événement qu'il considérait crucial et les faisait voler en morceaux, pour les agencer tout autrement. Le supplice de la corruption de ses souvenirs, ergo, de la corruption de qui il était remettait en question toute sa réalité intrinsèque. Il s'oblitérait lui-même. Le visage de son père Bo҉h҉um҉i҉l se floutait, son incidence sur qui il était muait, le condamnant à n'être qu'un fou sans honneur ni principes. L'amour de sa mère K҉r҉i҉s҉t҉i҉n҉ n'avait jamais existé, ou tantôt était remplacé par celui d'une autre. Les jouvencelles qu'il avait courues se remplaçaient les unes les autres, comme des poupées de chair interchangeables. Comme si aucune n'avait vraiment compté. Ses exploits menés avec sa fière compagnie évoluaient vers une vie solitaire dans les champs ou des jours bourgeois passés à Oxenfurt. Parfois même, il n'avait plus de f҉r҉è҉re҉ ..


Plic. Ploc. 


A force, il était tenté de croire que c'était le bruit de la perte de son propre sens.





Augh... Foutredieu, tu vas y arriver oui ?!



La mort l'ayant fait cénobite, les moult rétrospectives sur les jours envolés auraient pu lui faire songer que le désordre qu'il ressentait n'était pas contre-nature, mais qu'au contraire il était significatif de la vacuité de Vlodimir Von Everec. Toutefois, une image l'ancrait à qui il était. Le beau visage empourpré de malaise d'une rousse sublime. Oh il ne l'avait fréquenté qu'un soir et pourtant cette personne l'avait marquée au fer blanc. Shani n'était sûrement pas la femme de sa vie, que savait-il même de ses choses là ? Il avait vécu un quotidien de festoiements et ne s'était jamais préoccupé de ses vieux jours, autrefois convaincu de sa propre immortalité, comme le font les jeunes. Alors certes non, Shani n'était pas « la femme », cependant même le rustre qu'il était avait été troublé par la sincérité de cette donzelle. Quand on connaît la fugacité du temps qu'il nous est attribué à fouler la terre, on ne le perd pas à douter où à faire la fine bouche. Il suffit d'une personne qui compte. Et au fond de lui, Vlod se surprenait à espérer que ce fut elle. En cela, Shani avait compté. Son visage lui rappelait qui il était, ô combien ils étaient différents et donc comment il aimerait vivre sa vie si il se sortait de cet enfer.



Plic. Ploc.


Après un énième effort surérogatoire, il déchanta brutalement. A tel point qu'une partie de son ectoplasme mit quelques instants à recouvrer sa forme souhaitée. Partout autour de lui, il sentit le sang de son sang s'éveiller avec peine. Oui, ça arrivait. Il fallait savoir une chose sur la nature des fantômes :


S'ils étaient liés, plus le temps passait et plus il tendaient à n'être plus que l'ombre d'eux-mêmes. Ils devenaient partie intégrante du linon familial, tissé du fil éthéré de toutes les émotions partagées. En d'autres termes, ils se rappelaient un peu moins de qui ils étaient pour former un peu plus « la famille », la somme des souvenirs et légendes propre au clan. 


Et ils l'avaient tous sentis comme si l'ont avait versé la plus froide des douches dans leur vieux os vacants. C'était comparable au sentiment que l'on ressent lorsque l'on est loin de chez soi. Plus la distance est grande, plus le sentiment devient fort. Le sentiment de distance du nid est le plus fort qui puisse être. Ceux qui ne se sont jamais éloigné plus d'un monde de distance de leur foyer ne peuvent conceptualiser ce que les Von Everec ont éprouvés à cet instant d'un cœur commun. Car c'était le sentiment exact inverse. Le retour du fils prodigue, le bien aimé des fils du Nord.


Olgierd arrivait. Vlodimir ne su plus quoi faire de son émanation. Il sautait de joie un peu partout avec ses aînés. Si son frère était de retour, cela ne pouvait vouloir dire qu'une chose : qu'encore une fois il avait été le meilleur des grands frères et qu'il avait trouvé un moyen de le ressusciter, lui ! Cela ne pouvait être que ça, car cela faisait des lustres que le dernier des Von Everec n'était plus du genre à se receuillir. Vlodimir eut la sensation étrange que son sang disparu bondit dans ses veines. Il allait retrouver ses compagnons d'armes. Bientôt, il allait boire ! Il allait baiser! Il allait manger ! Il allait remercier en personne dans ses bras bien charnus Géralt ! Il allait revoir Shani !


Aaaah canaille, t'as toujours été le plus attentionné !
 
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