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Hoù Sennin
Hoù Sennin
Terrien
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MessageSujet: 22   22 ClockJeu 1 Oct 2020 - 3:13
7:21
Alarme
18° - Satan-City





Que voilà des chiffres peu commun à voir sur un cadran ! Normalement vous en conviendrez, il existe une sorte d'accord, tacite, qui dit qu'on règle la sonnerie de son réveil sur un nombre rond. Il serait plaisant de penser qu'un horaire de lever si spécifique serait celui d'un jeune cadre tant marié à son travail qu'il essaierait de contrôler jusqu'à l'efficacité de son sommeil à la minute près. Pensée quelque peu triste, mais séduisante par sa cohérence. Le cerveau humain est entraîné depuis 2,5 millions d'années à se créer des histoires pour expliquer des comportements qu'il ne comprend pas.


Après tout, il est aisé de l'imaginer se lever dans son lit king-size frais, à palper sa jugulaire en regardant sa Rolex Submariner à la recherche de battements cardiaques lui indiquant la qualité de son sommeil polyphasique fractionné. Après quoi il fera quatre séries de pompes au rythme de la neuvième symphonie en D mineur, prendra une douche, froide cela va de soi, et s'enduira d'after-shave parfumé. Enfin, avant d'aller braquer le monde à la bourse, il se faufileras sartorialement dans son Lorenzo Cifonelli en contemplant la baie vitrée de son penthouse et partira sans oublier son attaché-case en cuir tannage végétal.


Vous arrivez à vous l'imaginer ? Félicitations, vous avez fait ça pour rien. Laisser dériver l'esprit au gré de la moindre information nue est chose plaisante mais vaine. Nul n'est Holmes qui veut. Reprenez depuis le début, car cette histoire recèle un mystère. Cette explication est cohérente mais peu probable. Il vous faut muscler votre capacité à déduire. Allons, reprenez depuis le début. Une pièce à vivre circulaire, avoisinant les sept mètres carrés. Deux futons sales et rapiécés encastré dans une rivière de cannettes d'aluminium blanches et noires irisées par un bain de soleil irritant. De l'un d'eux émerge une main fine et couverte d'ecchymoses. Très bien, une première salve d'informations. Qu'est-ce qui vous vient à l'esprit ?


Un lieu de vie médiocre, assurément. Jusque-là que pouvons nous attester sur ses résidents? Un revenu modeste, cela ne fait aucun doute. Une tendance déraisonnable à la boisson et au Diogène. La portion de population de Satan-City la plus prompt à la beuverie est comprise entre quarante et cinquante ans (47%). C'est également la même portion qui tape dans le haut du panier des sans-logements (46,8%). Il s'agit d'un squat alors ? D'un squat de deux cols-bleus en pleine fleur de l'âge, à en juger par les vêtements jonchant le sol. Est-ce que cela nous explique donc l'heure inusitée affichée sur la station-réveil orange ? Après tout, le travailleur trop fainéant est un stéréotype omniprésent et la présence d'alcool aura tôt fait d'expliquer cette décision d'éveil farfelue. Cependant la seule main visible semble appartenir à une femme ou à un jeune adolescent.


De surcroît un squat se fait en principe hors de la vue des gêneurs. Pourtant la pièce est circulaire, et de surcroît les rayons d'Hélios ne frappent pas aussi bas de bon matin. Pour qu'une telle chose arrive il faudrait que l'habitation soit en hauteur pour que la lumière pénètre dans un angle obtus de sorte à illuminer le sol. Signaux contradictoires. C'est rare de voir un squat dans les nuées d'une Mégapole. Alors nous cherchons donc, bâtiment circulaire, de petit volume, en hauteur (15 mètres environ), en pleine ville. Un château d'eau ? Ah, bravo, vous voyez quand vous voulez ? Bien on à un peu avancé, il vous reste une information à déduire. Deux personnes logeant dans un château d'eau. Dont une jeune fille à priori. Dans une réserve désaffectée d'eau potable. Servez-vous de votre mémoire, l'analyse de faits objectifs c'est une chose, les relier à ce que vous savez c'en est une autre. N'était-ce pas écrit dans l'édition du 24 Août du quotidien de la ville ?


« Insolite - L'éclair cramoisi de la Capitale de l'Ouest, le vénéré Ermite des Capucins aurait été vu Square An 767, lieu de son dojo perché gracieusement offert par la municipalité, accompagné d'une jeune fille en Gi pourpre. Se pourrait-il que notre Héros local ait enfin accepté un disciple ? Notre reporter, R. Skitter n'a pu interroger les deux concernés à ce sujet... »


Une pubère dans un sérail de béton insalubre faisant office de salle d'art martial, cela explique déjà les jonquilles sur ses poignes. Que peut-on finalement concevoir à propos du temps saugrenu affiché sur la comtoise numérique ? Bien-sûr, qu'elle à été programée la veille au soir, par des doigts tremblants de douleur et fatigue fastes relatives à un entraînement intensif et inaccoutumé, qui n'ont pas eu la force de corriger leur erreur. Tiré par les cheveux ? Inutilement difficile ? Sans aucun doute. Cette fois-ci, c'était pour de faux, mais je ne serais pas toujours là pour aider. En fait je ne serais plus jamais là. Vous ne pouviez pas résoudre ce cas précis, je le concède. Il servait d'introduction manifeste à cette histoire. N'ayez peur, nul besoin de découper fiévreusement chaque paragraphe à la recherche d'un sens ubuesque. J'aime à croire que le cerveau est plus rapide que la conscience qu'il sert. Les indices s'imprimeront d'eux-mêmes et apparaîtront comme une évidence désagréable quand le moment sera venu, ces fameuses épiphanies micro-épiphanies qui nous font dire « Mais comment je n'ai pas pu le voir plus tôt?) ».


On vous à menti, ou bien l'on va vous mentir. A vous de trouver si vous le souhaitez, où est caché l'imposture et qui est le hâbleur. Et finalement, il vous reviendra le bon droit de faire éclater la vérité à la face de ce monde où bien de préférer le garder, si ses implications vous paraissent préférables. J'espère que vous vous prendrez au jeu et que d'une manière ou d'une autre il vous plaira. Je crois que tout à été dit, bon courage ! Allez on y va, un... deux... tr-





BEEP-BEEP-BEEP



La vie est faite de tout pleins de petits plaisirs fastes et fugaces, de minuscules micro-épiphénomènes qui ont pourtant un impact certes indirect mais pas moins démesuré sur la qualité d'une journée entière. Me réveiller bras et jambes pressées contre un couverture fraîche malmenée par leur chorégraphie nocturne, le visage carressé par la chaleur du soleil contre-régulée par le doux air matinal, en fait définitivement partie à mon sens.


Mon corps à une façon de se réveiller bien singulière : les premiers instants de conscience embrumée, où je suis encore toute groggy, ce sont les stimulus extérieurs qui priment. Mon complexe nerveux n'a beau être qu'une immense courbature lancinante, je me sentirais comme sur le plus doux des nuages tant que je n'esquisse pas une pensée ou un mouvement trop brutal pour me rappeler dans quel état je suis. Cet état vaporeux est problématique en cela qu'il n'appelle qu'à retourner à mes songes. Seulement, je n'ai pas décidé de me réveiller à l'origine à une heure précise pour me rendormir aussitôt. 


Tiens, c'est marrant, je l'avais vraiment laissé sur vingt-et-un, quelle empotée je fais ! -Aaaaah pauvre de moi, c'est vraiment trop bon cette sensation de plénitude doucereuse. C'est trop bête que je puisses pas rester éveiller de longues heures juste pour en profiter. Oh, après tout quelques minutes de plus ne tueront personne, je parie que le maître n'est même pas réveillé... Allez "snooze" et j'en profites un maximum et ensuite je commencerais cette nouvelle journée sur le pas de guerre !


> "Ohj'cro' pas mon garçôn !" Alors que j'approchais la mienne du retard-minute providentiel, une grande main ridée gifla le sol, que tinta via les canettes apeurées par le changement de ton brutal. 


"Maître Hoù ! Pardonnez-moi !" Dis-je en un cri à moitié étranglé par ma voix du matin. "Ca n'arrivera plus !"


> "«Pardonnez-Pardonnez», t'as qu'ce mot à la bouche depuis un mois ! Le crime va pas s'arrêter parce que tu lui demandes pardon, c'est à toi qu'il doit demander pardon !"


Ce genre de Maximes de non-sens, c'était le propre du maître. En soit il n'avait pas tort, mais la forme était absolument catastrophique. Et surtout, le contexte rarement de circonstances. Aussi répondis-je par un hochement de la tête, douloureux puisque réveillant instantanément chacun de mes muscles froissés. A ces mots, il marqua une pause bien sentie pour se gratter son menton râpeux avec l'une de ses mains balafrées, l'autre déjà partie chercher son précieux "thé-qui-mousse". Chacune des journées de "consolidation" démarrait de la même manière : 1) Gifle contre le sol, 2) cris apeurés d'incompréhension, 3) "Thé-qui-mousse", 4) Pas de course, 5) renforcement musculaire en portant de la nourriture aux démunis. Je dois avouer que si j'étais ravi de pouvoir côtoyer une légende des arts-martiaux, je commençais à être un peu déçue de la banalité affligeante de notre routine d'entraînement. La seule chose qui le rendait particulier était le non-respect fondamental de la règle la plus basique de n'importe quelle pratique, sportive ou non : "Aller largement au-delà de ses limites, si on s'est pas amoché c'est qu'on à mal travaillé" ce qui en soit revenait à dire : "porter deux sacs de provisions en plus par trajets quitte à ce que le dos en pâtisse et que les bras rompent". 


J'ignore si le début de déception que je ressentais avait fini par apparaître dans mes iris, mais à la place du sermon habituel sur le mal qui rôde partout, Maître Hoù m'a regardé avec son regard "vague-parce-que-je-suis-profond-mais-aussi-dans-le-coaltar" et m'a tapé l'épaule (soit dit en passant se remettait à peine d'une luxation) :


"Haiko, mon garçon, aujourd'hui s'tu travailles dur, je cônsentirais à t'apprendre ce que je sais sur l'énergie spirituelle"



Moult furent mes sauts de joies.


Imaginez un peu, l'élève prodigue de Muten Roshi, l'ermite des tortues, sorti un jour de nul part, qui s'est hissé en une poignée de mois d'abord comme une figure majeure du monde des arts-martiaux mais aussi de la justice, s'imposant comme le premier Justicier de cette ville depuis Hercule Satan ! Les évènements politiques récents de la terre l'auraient réveillé d'une longue période de communion avec la nature entière. Et c'est MOI qu'il à choisi pour recevoir son enseignement ! Et avec ça inaugurer la création de sa propre école d'art-martial ! On ne compte plus le nombre d'élève de la Grue venus en pleurant au pied de son dojo pour apprendre auprès de lui. Il est littéralement une légende, et on les comptes de plus en plus ceux qui disent qu'il aurait dépassé son maître !


J'avais tellement hâte d'apprendre enfin à me battre un peu pour la justice, comme promis depuis tout ce temps ! Mais avant ça, je devais finir ma journée de labeur. Nouvelle surprise, alors que je sautais du sas du château d'eau pour descendre, je vis l'Ermite des Capucins éteindre les guirlandes de néons multicolores qui ornent l'extérieur de son dojo, même en plein jour. Mon incompréhension n'eut pour réponse qu'un simple rire chaud et gras de la part de mon enseignant, qui ne semblait pas vouloir m'accompagner durant mes tâches quotidiennes. Non, au lieu de cela, il couru droit vers la sortie de la ville, derrière le Lycée Orange Star. "Droit" n'ayant bien sûr aucun rapport avec stature, puisque mon maître avait cette habitude étrange de courir en laissant ses bras ballants, comme si ses mains étaient trop lourdes pour ses propres bras, à la manière d'un chimpanzé. En vrai, ça avait beaucoup moins d'effet dramatique qu'à la télé, mais je m'y étais habituée.


En le voyant partir, mon cœur ne fit qu'un bond. Cela ne pouvait dire qu'une chose maintenant que j'y pensais : Il allait préparer mon entraînement ! Hauts les cœurs miséreux de Satan-City, me voilà ! 
Hoù Sennin
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MessageSujet: Re: 22   22 ClockSam 3 Oct 2020 - 2:12
Je commençais par les écouteurs, primordial pour donner du courage à l'âme. J'enchaînais directement sur les échauffements de l'alpiniste et les balancements de jambes latéraux ; usual stuff. Quand on à la gnaque, il n'y à rien de plus frustrant que de s'échauffer comme une grabataire avant sa session d'aérobie. Mais Maîre Hoù répètait que pour les cartilages remplissent leur rôle d'amortisseur de l'articulation pour éviter la casse, il faut les mettre en pression progressive pendant une dizaine de minutes, afin qu'il se gorgent d'eau. « Un cartilage échaudé attire l'eau comme mes ex-femmes attirent les MST» disait très justement le Maître. Une fois assurée qu'ils avaient atteint leur capacité maximale, j'écoulais une lampée d'eau en sanglant mon sac à dos et je m'élançais : fallait pas traîner !


Prochaine destination : le 7/11 à l'angle de l'entrée du Lycée Orange Star ! A cette heure là, il n'y avait pas grand monde qui peuple les rues, alors je pouvais prendre toute la place que je voulais. A force de bonds puissants, je fendais l'allée en zigzags lacunaires. La course n'était pas suffisante ; il me fallait m'entraîner à fuser pour m'habituer à la portance de mon corps, mettre de concert chaque mécanismes nerveux pour développer une aisance parfaite. Au départ, j'ai dû me confronter à la vitesse relative de cette méthode de déplacement ansi qu'à l'énergie qu'elle me ponctionnait. Progressivement néanmoins, mes jambes s'étaient conditionnées à la rudeur des atterrissages, mon dos ajusté à l'initiation des élans succédés. Tant et si bien que ce jour-là, cinq sauts sinueux suffirent à fendre à travers tout un pâté de maisons.



A un instant d'arriver à la supérette, je libérais mon bagage de ses sangles spallières et le jetais en un retourné d'épaule droit dans la porte automatique du Kombini. Le sac de tissu me servait de télécommande à distance analogique, histoire de ne pas me faire arrêter bêtement dans mon élan par du plexiglasse motorisé. Fraîchement appontée, je saluais d'une courbette fugace mais solennelle la caissière âgée qui s'apprêtait à reçevoir ses premiers clients en perfectionnant à la dernière minute sa coiffure rousse. En ramassant ma besace de randonnée, je lui jetais un regard désolé.


>Bonjour Mademoiselle ! Comme d'habitude je vous ait tout rangé sur le côté ! Dit-elle sans relever ma nouvelle tentative de gagner du temps.



>Ahah Merci Madame Kuchibeni ! A peine ma formule de courtoisie s'était éteinte dans ma gorge qu'un air d'effroit jumelé à des mains palpant aussi bien qu'elles le pouvaint mes poches se tailla sur mon visage.



>Euh... Madame Kuchibeni... Je crois bien que j'ai oublié les so-


>Va, y'a pas mort d'homme brave petite, c'est la maison qui offre ! C'est vraiment fabuleux ce que vous faites pour la communauté avec Monsieur l'éclair cramoisi. Allez fillez avant que mon manager ne tires les oreilles !


Tout sourire, j'infligeais à mes grands dorsaux une révérence expéditive, qui en plus de me faire transiter brutalement entre un angle de cent quatre-vingt degrés à un angle de quatre-vingt-dix suprême, mêla un semblant de douleur et de regret dans mon rictus colgate.



>Putaaaain de meee-eeerci Madame Kuchibeni ! Mon Maître ne laisseras pas passer ça, avec déjà toutes les remises que vous nous offrez, mais tout Satan-City vous en est profondément reconnaissant ! Dis-je tout en tentant d'éponger l'afflux de salive que m'avait procuré la douleur de mon éclat précédent.


>C'est pour moi ! Bon courage et prenez soin de v-


Ne lui laissant pas plus de temps, je faisait dégringoller les vivres dans mon cartable gigantesque d'un coup de bras et bondissait vers la sortie, lorgnant sur l'étagère proche de la sortie.



>Ouioui c'est ça vous aussi ! Ca avait du bon la vocation d'héroïne ! Les gens vous admiraient et en plus sous couvert de ça ils pardonnaient vos incivilités. Au commencement de mon entraînement, j'essayais d'être la plus polie avec elle, mais il fallait dire qu'en perdant mon temps avec ce moulin à parole c'était toute ma routine qui en pâtissait.


Par la suite, j'écumais tout les points de rencontre habituels, distribuant à la vollée boîte de conserves et sourires aux sans-abris entre chaque élan. Ma ruée altruiste prenait fin au Centre d'Entraide Satan, situé dans une des ruelles adjacentes à la grande avenue piétonne du centre-ville. Toute vinaigrée, j'entrais en respirant comme un buffle et saluais le personnel qui m'acceuillais en scandant ma venue. Oh que ça avait du bon d'être une aspirante héroïne ! Tout cet amour, simplement en courant trois heures pour les miséreux ! Je déchargeais les ultimes ressources sur le comptoir de réception du Centre, sans manquer de garder une Gugutto Nama de côté pour mon enseignant.


Quelques déclarations d'amour bien senties plus tard, je sortais de l'établissement en regardant ma montre.10h34 c'est deux minutes de moins que d'ordinaire; la coutume voulait que je retrouve l'éclair cramoisi ici, ruissellante de sueur tandis que lui se portait comme un charme. Sept minutes plus tard, pendant que ma patience s'étiolait, le Maître apparu enfin en me faisant signe. D'une manière peu équivoque. Un craquement lointain se fit entendre, accompagné d'une déchirure rouge et ignescente au-dessus d'une colline qui faisait partie du bassin sédimentaire cerclant la cité. La foudre cramoisie. Malgré la distance, j'avais pu admirer pour la première fois de mes propres yeux la détonation abominable qui avait rendu l'Ermite des Capucins célèbre. Esquivant les badaux encore captivés par le spectacle d'ores et déjà disparu, je couru rejoindre le promontoire en amont de la ville.



Difficile de faire plus évident comme signal pour signifier « Viens ici » quand on ne sait pas se servir d'un téléphone. Mais à mesure que j'approchais du lieu-dit, une rumeur devenant crainte prit possession de mon imagination : Et si en fait ce n'était pas un simple appel, mais que mon instructeur avait eu recours à son assaut ultime au cours d'une embuscade ? Après tout je ne l'avais jamais vu le faire, malgré mes demandes répétées. Redoublant d'efforts pour gravir le sentier de la colline, je serrais déjà les poings m'attendant au pire.



Mes peurs s'étouffèrent aussitôt lorsque je vis au sommet d'une doline encore fumante, un soixantenaire en survêtements bleus, me regardant une main dans le dos, l'autre tendue à mon intention. N'y voyant bien-sûr ici nul défi, j'ouvrais une dernière fois mon sac à dos pour en sortir une cannette blanche et noire ayant perdu toute fraîcheur.



>J'avais eu peur que vous ayez des ennuis !



>Faut bien qu'tu saches où'c'qu'j't'attends mon petit ! Le repas va pas s'faire tout seul ! Aboya-t-il joyeusement, ponctuant d'un rire gras l'ouverture sonore de l'opercule d'aluminium qui fit chanter le crépitement de l'écume de son « thé-qui-mousse ».
Au centre du cratère se trouvait effectivement un réchaud et une grande marmitte déjà remplie d'eau trouble, à côté se trouvait une sacoche remplie d'aliments en vrac. Jugeant d'un coup d'oeil que j'étais censée concocter un Gulash, je m'pprêtais avec candeur mais concentration à ma tâche alors que mon hôte me regardait avec les paupières de l'oeil droit mi-fermées, indice que sa dernière gorgée fut déplaisante.



>Alors, comment c'était ?



>Comme d'hab Maître ! Tout le monde était allègre et louait votre nom !



>Ah, bien, bien. Mademoiselle Kuchibeni se portait bien ?



>Ma foi elle avait l'air. Oh mince ! Il faut que je vous dise, j'ai oublié l'argent au dojo, mais Madame Kuchibeni m'a fait une faveur incroyable. Achevais-je en abandonnant déjà la cuisson de ma soupe pour me prosternet en excuse. Mais mon révéré enseignant m'arrêta d'un geste posé de la main, en rétorquant :



>Incroyable, ça t'peux le dire. Demain tu ne manqueras pas d'aller lui rendre ce qui manque et de proposer ton aide pour la fermeture du magasin. Lorsqu'il s'agissait d'éthique, ce n'était plus le gentil grand-père aux chausettes dépareillées et ivre qui parlait, mais bien le héros de Satan-City, et il était impardonnable.



>Ce sera fait Maître !



>Bien. C'est de toutes façons pas la préoccupation du jour, tu t'souviens de ce que je t'ai promis ce matin ? Avant que je ne pusse répondre, il reprit : Tchtchtch- J'ai vu que tu t'étais donnée à fond, tu as bien mérité qu'on passe à la phase deux de ta formation pour devenir un héros !


Pour changer, mes dents sortirent de mes lèvres tel des balles de fusil pour former une moue improbable.



>Finis c'Gulash, et après tu iras prendre ton Bō.



Le festin fut expéditif. Et trop salé. Et donc mes excuses, pléthores. Mais nous semblions tout deux avoir été reposés par cette pause méritée. Nous prîmes du temps pour pleinement digérer en riant à gorge déployée aux histoires toutes plus farfelues les unes que les autres du Maître au sujet de sa jeunesse au côté de Muten Roshi. Cependant, une fois mon Bō en main, l'atmosphère changea sans transition.



>Tu connais déjà les rudiments du combat au bâton. Dit-il en revêtant son air sérieux. Afin de canaliser ton énergie spirituelle, ton « ki » tu dois faire en sorte que ton corps soit prêt à l'acceuillir et ne pas tout faire gicler d'un coup. Pour débuter, tu vas me mettre une dérouillée.





Ce genre de phrases n'avaient même plus d'effets sur moi. Je ne pris pas la peine de lui demander s'il était sûr, mon Maître l'était toujours. Il me provoqua d'un appel de la main, faisant danser ses doigts avec amusement. Ma course fut initiée par un Fa-Sheng, un hurlement de l'esprit combatif. Me servant de mon bâton comme d'une lance, je me ruais droit vers ma cible statique. Sachant à quoi m'attendre j'interrompis ma lancée d'un petit pas sur la droit et, plantant le bout de mon bâton dans la poussière, m'en servi comme d'un tremplin pour passer au-dessus de la tête de mon Maître. Avant qu'il ne put réagir, j'abattais mon arme vers son crâne dégarni mais redirigeais instantanément mon coup vers son flanc, toujours en pleine accrobatie aérienne.



Pas troublé le moins du monde par ma feinte, Maître Hoù éluda mon offensive d'une simple génufléxion et se retourna et agrippant mon instrument de bambou pour me tirer par son biais en direction de son poing fermé. Mais cela ne marchais plus depuis ma deuxième semaine, l'école du Singe m'avait appris à me servir de mon gabari prônant l'agilité sinon rien pour en faire mon arme principale. Au lieu de tenter de fuir, je me laissait hâpper volontiers par son etreinte en envoyant mes hanches vers l'avant. Au centième de seconde avant contact, je battais mes jambes contre son torse à la manière d'un cheval au galop et mit un point final à ma riposte par un coup de talon me servant à me propulser loin de emprise, amenant mon Bō avec moi.



Moi-même excitée de mes prouesses d'à peine un mois passé avec mon idôle, je renfreignais ma fierté tant que possible, car une gifle rémanente était si vite arrivée. J'analysais rapidement la situation et me rendait compte qu'attendre serait synonyme de perte express. Par conséquent, je retournais au corps à corps, adressant cette fois un coup en « kobudo », saisissant le bambou par les deux tiers, l'épaule gauche de l'ermite clairement dans le collimateur. Mais une nouvelle fois au dernier moment, je modifiais la trajectoire de mon coup pour éviter une parade trop aisée et cherchais le plus loing possible derrière le mollet pour faire choir ma cible.



Mais mon Instructeur sage avait encore vu le coup venir, qu'il évita d'un saut rieur, suivi d'une course en rond autour de moi, encore et toujours pour me provoquer. C'est à ce moment que je me rendis compte que ma plus grande déception jusqu'alors de mon entraînement était le manque de folklore, de classe. J'étais venu pour apprendre la nec plus ultra d'un art martial séculaire, baigné d'une culture traditionnelle Sino-niponne séculaire, prodiguée par l'illustre Kame Sennin, mais je n'avais eu le droit qu'à des courses aux pauvres et des semblants de combats au bâton. Mais quand je voyais mon Maître courir dans tout les sens, les épaules dangeureusement baissées et les mains ballantes en arrière avec lourdeur, à la manière d'un primate des légendes... Je savais enfin pourquoi j'étais là !



Déjà épuisée, il me fallait mettre un terme à cet échange, sous peine d'échouer à cause d'un point de côté handicapant. Prenant une grande bouffée d'air frais, j'allais une fois de plus au contact, brandissant mon arme comme un gourdin. Il n'avait aucun moyen de savoir ce qui l'attendait, j'avais pratiqué cette botte en secret pendant ses patrouilles nocturnes. Vexée qu'il n'ait encore jamais tenté d'attaquer lui-même, je m'ordonnais de ne pas lancer mon « coup spécial » tout de suite, attendant un engagement de sa part. Mais je n'eus droit qu'à un échange de regards gênés, précédé d'un petit rire moqueur alors qu'il demeurait immobile. Trop c'était trop, je marquais le recul en bondissant en arrière pour derrière sauter en profilant mon bâton-gourdin à nouveau comme une lance ; le plan tenait en un mot : tremplin. Concentrant tout mon poids sur le bout metallique de mon bambou, il aller être désarçonné par le choc et je pourrais porter le coup de grâce !


Et contre toute attente, cela marcha ! Il eut à peine le temps d'écarquille le sourcil d'étonnement que je l'emmenais au sol, bien décidée à m'allourdir autant que faire se pouvait. L'instant reliant l'état « debout » à l'état « par-terre » me paru durer mille ans. Mille longues années durant lesquelles je pu constater avec rage, honte et désarroi les dents jaunies qui se découvraient des lèvres de mon Maître. Avec quoi, sa main droite formant un poing gonflé de veines et de balafres qui vint cogner mon robuste compagnon de bois, réduit à l'état de poussière avant même qu'Hoù Sennin n'atterit contre le sol.



>Raaaaah ! C'est pas possible! J'étais à ça ! Soufflais-je en gémissant de contrariété, m'avouant vaincue.

>Ahahah ! Félicitations Haiko ! T'as été ravissante mon garçon ! Maintenant, ne laisses surtout pas s'échapper tes émotions. En lotus, vite ! Respiration rythmée, une inspiration, vingt secondes de rétention et on expire ! Doucement !



Je m'exécutais, encore fébrile de la rixe que je venais de mener. Mon for intérieur me criais tout un tas d'alarmes contradictoires, mais les deux messages les plus bruyants étaient « T'as tout déchiré » et « Putain si prêt du but, tu fais vraiment chier » .



>Ressens à nouveau l'excitation du combat, respires-là, gardes-là au chaud dans tes poumons. Voilà. C'est bien. Maintenant imagines mettre cette effervescence au service de la justice. Des vies dépendent de toi. Quand tu verras l'ennemi, tu te redresseras. Quand tu seras prête à ouvrir les yeux, tu prendras une dernière grande inspiration, et tu imagineras le sang appauvri en dioxygène quitter ton cœur pour s'embraser, et transmettre cette flamme à tout ton corps. Et à mon signal, tu les ouvriras.


Il était en temps normal peu aisé pour moi de m'adonner à ce genre de méditation, mais la ferveur du combat avait je ne sais comment apporté la paix dans mes pensées en cascade. Je le voyais, le premier bandit que je mettrais hors d'état de nuir. Ma première victoire contre le crime. Celle qui m'apporteras le respect du Maître... Et les louanges du peuple... Et surtout. Pap-. Cela suffisait. Délicatement, je dénouais mes jambes et me levais.



>Tu es prête ? Je répondis par une grande respiration.



>Bien. Ouvre les yeux !


Alors que de toute ma force je m'imaginais déjà m'embraser sous le brasier de ma volonté, tout ce que je vis c'est mes poignets doulouresement contractés de façon distordu, ma veine frontale qui gonflait et un sphincter décidément peu résistant à la pression. Après une longue minute à bouillir à en devenir rouge comme une pivoine, je me laissait tomber par terre, déçue.



>Raaaah c'est pas possible !


Le Maître eut l'air de chercher dans ses pensées un instant, puis me tendit une main, que je saisis. Elles étaient rugueuses et sèches, rien de bien agréable au toucher mais pourtant ça me réconfortait déjà un peu. Il me releva puis, tendant sa main vers ma poitrine il s'exclama en faisant un sourire paisible du coin des lèvres :



>Tout le monde n'est pas un génie ! Tu as déjà bien progressé et regarde !
Sa main dirigée vers mon torse changea de direction pour aller pointer de la paume le vide derrière lui. Après un ballet étrange de la poigne, il leva le bras d'un coup pour l'abattre à sa droite. Automatiquement, un immonde craquement cacophonique, mélange savant entre un tonerre et un os cervical brisé, tonna. Du vide lointain qu'il avait indiqué surgit un un torrent de flammes zébrées et cramoisies qui dansa de manière irréelle dans l'air s'échauffant, suivant le pattern tracé par mon Maître pour s'abbatre au dernier endroit où sa main avait pointée.




>Ne gâches pas la magie dans tes iris Haiko. Cet éclair, c'est toi qui l'a crée. Je ne crées ma foudre rouge qu'en puisant dans le Ki de quelqu'un d'autre pour le remodeler sous cette forme.



>Alors...



>Alors tu as fait d'énormes progrès. Finit-il, d'un ton emplit de fierté.
 
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