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Hoù Sennin
Hoù Sennin
Terrien
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MessageSujet: 22   22 ClockJeu 1 Oct 2020 - 3:13
22 Tritre10












7:21
Alarme
18° - Satan-City





Que voilà des chiffres peu commun à voir sur un cadran ! Normalement vous en conviendrez, il existe une sorte d'accord, tacite, qui dit qu'on règle la sonnerie de son réveil sur un nombre rond. Il serait plaisant de penser qu'un horaire de lever si spécifique serait celui d'un jeune cadre tant marié à son travail qu'il essaierait de contrôler jusqu'à l'efficacité de son sommeil à la minute près. Pensée quelque peu triste, mais séduisante par sa cohérence. Le cerveau humain est entraîné depuis 2,5 millions d'années à se créer des histoires pour expliquer des comportements qu'il ne comprend pas.


Après tout, il est aisé de l'imaginer se lever dans son lit king-size frais, à palper sa jugulaire en regardant sa Rolex Submariner à la recherche de battements cardiaques lui indiquant la qualité de son sommeil polyphasique fractionné. Après quoi il fera quatre séries de pompes au rythme de la neuvième symphonie en D mineur, prendra une douche, froide cela va de soi, et s'enduira d'after-shave parfumé. Enfin, avant d'aller braquer le monde à la bourse, il se faufileras sartorialement dans son Lorenzo Cifonelli en contemplant la baie vitrée de son penthouse et partira sans oublier son attaché-case en cuir tannage végétal.


Vous arrivez à vous l'imaginer ? Félicitations, vous avez fait ça pour rien. Laisser dériver l'esprit au gré de la moindre information nue est chose plaisante mais vaine. Nul n'est Holmes qui veut. Reprenez depuis le début, car cette histoire recèle un mystère. Cette explication est cohérente mais peu probable. Il vous faut muscler votre capacité à déduire. Allons, reprenez depuis le début. Une pièce à vivre circulaire, avoisinant les sept mètres carrés. Deux futons sales et rapiécés encastré dans une rivière de cannettes d'aluminium blanches et noires irisées par un bain de soleil irritant. De l'un d'eux émerge une main fine et couverte d'ecchymoses. Très bien, une première salve d'informations. Qu'est-ce qui vous vient à l'esprit ?


Un lieu de vie médiocre, assurément. Jusque-là que pouvons nous attester sur ses résidents? Un revenu modeste, cela ne fait aucun doute. Une tendance déraisonnable à la boisson et au Diogène. La portion de population de Satan-City la plus prompt à la beuverie est comprise entre quarante et cinquante ans (47%). C'est également la même portion qui tape dans le haut du panier des sans-logements (46,8%). Il s'agit d'un squat alors ? D'un squat de deux cols-bleus en pleine fleur de l'âge, à en juger par les vêtements jonchant le sol. Est-ce que cela nous explique donc l'heure inusitée affichée sur la station-réveil orange ? Après tout, le travailleur trop fainéant est un stéréotype omniprésent et la présence d'alcool aura tôt fait d'expliquer cette décision d'éveil farfelue. Cependant la seule main visible semble appartenir à une femme ou à un jeune adolescent.


De surcroît un squat se fait en principe hors de la vue des gêneurs. Pourtant la pièce est circulaire, et de surcroît les rayons d'Hélios ne frappent pas aussi bas de bon matin. Pour qu'une telle chose arrive il faudrait que l'habitation soit en hauteur pour que la lumière pénètre dans un angle obtus de sorte à illuminer le sol. Signaux contradictoires. C'est rare de voir un squat dans les nuées d'une Mégapole. Alors nous cherchons donc, bâtiment circulaire, de petit volume, en hauteur (15 mètres environ), en pleine ville. Un château d'eau ? Ah, bravo, vous voyez quand vous voulez ? Bien on à un peu avancé, il vous reste une information à déduire. Deux personnes logeant dans un château d'eau. Dont une jeune fille à priori. Dans une réserve désaffectée d'eau potable. Servez-vous de votre mémoire, l'analyse de faits objectifs c'est une chose, les relier à ce que vous savez c'en est une autre. N'était-ce pas écrit dans l'édition du 24 Août du quotidien de la ville ?


« Insolite - L'éclair cramoisi de la Capitale de l'Ouest, le vénéré Ermite des Capucins aurait été vu Square An 767, lieu de son dojo perché gracieusement offert par la municipalité, accompagné d'une jeune fille en Gi pourpre. Se pourrait-il que notre Héros local ait enfin accepté un disciple ? Notre reporter, R. Skitter n'a pu interroger les deux concernés à ce sujet... »


Une pubère dans un sérail de béton insalubre faisant office de salle d'art martial, cela explique déjà les jonquilles sur ses poignes. Que peut-on finalement concevoir à propos du temps saugrenu affiché sur la comtoise numérique ? Bien-sûr, qu'elle à été programée la veille au soir, par des doigts tremblants de douleur et fatigue fastes relatives à un entraînement intensif et inaccoutumé, qui n'ont pas eu la force de corriger leur erreur. Tiré par les cheveux ? Inutilement difficile ? Sans aucun doute. Cette fois-ci, c'était pour de faux, mais je ne serais pas toujours là pour aider. En fait je ne serais plus jamais là. Vous ne pouviez pas résoudre ce cas précis, je le concède. Il servait d'introduction manifeste à cette histoire. N'ayez peur, nul besoin de découper fiévreusement chaque paragraphe à la recherche d'un sens ubuesque. J'aime à croire que le cerveau est plus rapide que la conscience qu'il sert. Les indices s'imprimeront d'eux-mêmes et apparaîtront comme une évidence désagréable quand le moment sera venu, ces fameuses épiphanies micro-épiphanies qui nous font dire « Mais comment je n'ai pas pu le voir plus tôt?) ».


On vous à menti, ou bien l'on va vous mentir. A vous de trouver si vous le souhaitez, où est caché l'imposture et qui est le hâbleur. Et finalement, il vous reviendra le bon droit de faire éclater la vérité à la face de ce monde où bien de préférer le garder, si ses implications vous paraissent préférables. J'espère que vous vous prendrez au jeu et que d'une manière ou d'une autre il vous plaira. Je crois que tout à été dit, bon courage ! Allez on y va, un... deux... tr-





BEEP-BEEP-BEEP



La vie est faite de tout pleins de petits plaisirs fastes et fugaces, de minuscules micro-épiphénomènes qui ont pourtant un impact certes indirect mais pas moins démesuré sur la qualité d'une journée entière. Me réveiller bras et jambes pressées contre un couverture fraîche malmenée par leur chorégraphie nocturne, le visage carressé par la chaleur du soleil contre-régulée par le doux air matinal, en fait définitivement partie à mon sens.


Mon corps à une façon de se réveiller bien singulière : les premiers instants de conscience embrumée, où je suis encore toute groggy, ce sont les stimulus extérieurs qui priment. Mon complexe nerveux n'a beau être qu'une immense courbature lancinante, je me sentirais comme sur le plus doux des nuages tant que je n'esquisse pas une pensée ou un mouvement trop brutal pour me rappeler dans quel état je suis. Cet état vaporeux est problématique en cela qu'il n'appelle qu'à retourner à mes songes. Seulement, je n'ai pas décidé de me réveiller à l'origine à une heure précise pour me rendormir aussitôt. 


Tiens, c'est marrant, je l'avais vraiment laissé sur vingt-et-un, quelle empotée je fais ! -Aaaaah pauvre de moi, c'est vraiment trop bon cette sensation de plénitude doucereuse. C'est trop bête que je puisses pas rester éveiller de longues heures juste pour en profiter. Oh, après tout quelques minutes de plus ne tueront personne, je parie que le maître n'est même pas réveillé... Allez "snooze" et j'en profites un maximum et ensuite je commencerais cette nouvelle journée sur le pas de guerre !


> "Ohj'cro' pas mon garçôn !" Alors que j'approchais la mienne du retard-minute providentiel, une grande main ridée gifla le sol, que tinta via les canettes apeurées par le changement de ton brutal. 


"Maître Hoù ! Pardonnez-moi !" Dis-je en un cri à moitié étranglé par ma voix du matin. "Ca n'arrivera plus !"


> "«Pardonnez-Pardonnez», t'as qu'ce mot à la bouche depuis un mois ! Le crime va pas s'arrêter parce que tu lui demandes pardon, c'est à toi qu'il doit demander pardon !"


Ce genre de Maximes de non-sens, c'était le propre du maître. En soit il n'avait pas tort, mais la forme était absolument catastrophique. Et surtout, le contexte rarement de circonstances. Aussi répondis-je par un hochement de la tête, douloureux puisque réveillant instantanément chacun de mes muscles froissés. A ces mots, il marqua une pause bien sentie pour se gratter son menton râpeux avec l'une de ses mains balafrées, l'autre déjà partie chercher son précieux "thé-qui-mousse". Chacune des journées de "consolidation" démarrait de la même manière : 1) Gifle contre le sol, 2) cris apeurés d'incompréhension, 3) "Thé-qui-mousse" et bonbon au charbon, 4) Pas de course, 5) renforcement musculaire en portant de la nourriture aux démunis. Je dois avouer que si j'étais ravi de pouvoir côtoyer une légende des arts-martiaux, je commençais à être un peu déçue de la banalité affligeante de notre routine d'entraînement. La seule chose qui le rendait particulier était le non-respect fondamental de la règle la plus basique de n'importe quelle pratique, sportive ou non : "Aller largement au-delà de ses limites, si on s'est pas amoché c'est qu'on à mal travaillé" ce qui en soit revenait à dire : "porter deux sacs de provisions en plus par trajets quitte à ce que le dos en pâtisse et que les bras rompent". 


J'ignore si le début de déception que je ressentais avait fini par apparaître dans mes iris, mais à la place du sermon habituel sur le mal qui rôde partout, Maître Hoù m'a regardé avec son regard "vague-parce-que-je-suis-profond-mais-aussi-dans-le-coaltar" et m'a tapé l'épaule (soit dit en passant se remettait à peine d'une luxation) :


"Haiko, mon garçon, aujourd'hui s'tu travailles dur, je cônsentirais à t'apprendre ce que je sais sur l'énergie spirituelle"



Moult furent mes sauts de joies.


Imaginez un peu, l'élève prodigue de Muten Roshi, l'ermite des tortues, sorti un jour de nul part, qui s'est hissé en une poignée de mois d'abord comme une figure majeure du monde des arts-martiaux mais aussi de la justice, s'imposant comme le premier Justicier de cette ville depuis Hercule Satan ! Les évènements politiques récents de la terre l'auraient réveillé d'une longue période de communion avec la nature entière. Et c'est MOI qu'il à choisi pour recevoir son enseignement ! Et avec ça inaugurer la création de sa propre école d'art-martial ! On ne compte plus le nombre d'élève de la Grue venus en pleurant au pied de son dojo pour apprendre auprès de lui. Il est littéralement une légende, et on les comptes de plus en plus ceux qui disent qu'il aurait dépassé son maître !


J'avais tellement hâte d'apprendre enfin à me battre un peu pour la justice, comme promis depuis tout ce temps ! Mais avant ça, je devais finir ma journée de labeur. Nouvelle surprise, alors que je sautais du sas du château d'eau pour descendre, je vis l'Ermite des Capucins éteindre les guirlandes de néons multicolores qui ornent l'extérieur de son dojo, même en plein jour. Mon incompréhension n'eut pour réponse qu'un simple rire chaud et gras de la part de mon enseignant, qui ne semblait pas vouloir m'accompagner durant mes tâches quotidiennes. Non, au lieu de cela, il couru droit vers la sortie de la ville, derrière le Lycée Orange Star. "Droit" n'ayant bien sûr aucun rapport avec stature, puisque mon maître avait cette habitude étrange de courir en laissant ses bras ballants, comme si ses mains étaient trop lourdes pour ses propres bras, à la manière d'un chimpanzé. En vrai, ça avait beaucoup moins d'effet dramatique qu'à la télé, mais je m'y étais habituée.


En le voyant partir, mon cœur ne fit qu'un bond. Cela ne pouvait dire qu'une chose maintenant que j'y pensais : Il allait préparer mon entraînement ! Hauts les cœurs miséreux de Satan-City, me voilà ! 


Dernière édition par Hoù Sennin le Sam 13 Fév 2021 - 20:00, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 22   22 ClockSam 3 Oct 2020 - 2:12
Je commençais par les écouteurs, primordial pour donner du courage à l'âme. J'enchaînais directement sur les échauffements de l'alpiniste et les balancements de jambes latéraux ; usual stuff. Quand on à la gnaque, il n'y à rien de plus frustrant que de s'échauffer comme une grabataire avant sa session d'aérobie. Mais Maîre Hoù répètait que pour les cartilages remplissent leur rôle d'amortisseur de l'articulation pour éviter la casse, il faut les mettre en pression progressive pendant une dizaine de minutes, afin qu'il se gorgent d'eau. « Un cartilage échaudé attire l'eau comme mes ex-femmes attirent les MST» disait très justement le Maître. Une fois assurée qu'ils avaient atteint leur capacité maximale, j'écoulais une lampée d'eau en sanglant mon sac à dos et je m'élançais : fallait pas traîner !


Prochaine destination : le 7/11 à l'angle de l'entrée du Lycée Orange Star ! A cette heure là, il n'y avait pas grand monde qui peuple les rues, alors je pouvais prendre toute la place que je voulais. A force de bonds puissants, je fendais l'allée en zigzags lacunaires. La course n'était pas suffisante ; il me fallait m'entraîner à fuser pour m'habituer à la portance de mon corps, mettre de concert chaque mécanismes nerveux pour développer une aisance parfaite. Au départ, j'ai dû me confronter à la vitesse relative de cette méthode de déplacement ansi qu'à l'énergie qu'elle me ponctionnait. Progressivement néanmoins, mes jambes s'étaient conditionnées à la rudeur des atterrissages, mon dos ajusté à l'initiation des élans succédés. Tant et si bien que ce jour-là, cinq sauts sinueux suffirent à fendre à travers tout un pâté de maisons.



A un instant d'arriver à la supérette, je libérais mon bagage de ses sangles spallières et le jetais en un retourné d'épaule droit dans la porte automatique du Kombini. Le sac de tissu me servait de télécommande à distance analogique, histoire de ne pas me faire arrêter bêtement dans mon élan par du plexiglasse motorisé. Fraîchement appontée, je saluais d'une courbette fugace mais solennelle la caissière âgée qui s'apprêtait à reçevoir ses premiers clients en perfectionnant à la dernière minute sa coiffure rousse. En ramassant ma besace de randonnée, je lui jetais un regard désolé.


>Bonjour Mademoiselle ! Comme d'habitude je vous ait tout rangé sur le côté ! Dit-elle sans relever ma nouvelle tentative de gagner du temps.



>Ahah Merci Madame Kuchibeni ! A peine ma formule de courtoisie s'était éteinte dans ma gorge qu'un air d'effroit jumelé à des mains palpant aussi bien qu'elles le pouvaint mes poches se tailla sur mon visage.



>Euh... Madame Kuchibeni... Je crois bien que j'ai oublié les so-


>Va, y'a pas mort d'homme brave petite, c'est la maison qui offre ! C'est vraiment fabuleux ce que vous faites pour la communauté avec Monsieur l'éclair cramoisi. Allez fillez avant que mon manager ne tires les oreilles !


Tout sourire, j'infligeais à mes grands dorsaux une révérence expéditive, qui en plus de me faire transiter brutalement entre un angle de cent quatre-vingt degrés à un angle de quatre-vingt-dix suprême, mêla un semblant de douleur et de regret dans mon rictus colgate.



>Putaaaain de meee-eeerci Madame Kuchibeni ! Mon Maître ne laisseras pas passer ça, avec déjà toutes les remises que vous nous offrez, mais tout Satan-City vous en est profondément reconnaissant ! Dis-je tout en tentant d'éponger l'afflux de salive que m'avait procuré la douleur de mon éclat précédent.


>C'est pour moi ! Bon courage et prenez soin de v-


Ne lui laissant pas plus de temps, je faisait dégringoller les vivres dans mon cartable gigantesque d'un coup de bras et bondissait vers la sortie, lorgnant sur l'étagère proche de la sortie.



>Ouioui c'est ça vous aussi ! Ca avait du bon la vocation d'héroïne ! Les gens vous admiraient et en plus sous couvert de ça ils pardonnaient vos incivilités. Au commencement de mon entraînement, j'essayais d'être la plus polie avec elle, mais il fallait dire qu'en perdant mon temps avec ce moulin à parole c'était toute ma routine qui en pâtissait.


Par la suite, j'écumais tout les points de rencontre habituels, distribuant à la vollée boîte de conserves et sourires aux sans-abris entre chaque élan. Ma ruée altruiste prenait fin au Centre d'Entraide Satan, situé dans une des ruelles adjacentes à la grande avenue piétonne du centre-ville. Toute vinaigrée, j'entrais en respirant comme un buffle et saluais le personnel qui m'acceuillais en scandant ma venue. Oh que ça avait du bon d'être une aspirante héroïne ! Tout cet amour, simplement en courant trois heures pour les miséreux ! Je déchargeais les ultimes ressources sur le comptoir de réception du Centre, sans manquer de garder une Gugutto Nama de côté pour mon enseignant.


Quelques déclarations d'amour bien senties plus tard, je sortais de l'établissement en regardant ma montre.10h34 c'est deux minutes de moins que d'ordinaire; la coutume voulait que je retrouve l'éclair cramoisi ici, ruissellante de sueur tandis que lui se portait comme un charme. Sept minutes plus tard, pendant que ma patience s'étiolait, le Maître apparu enfin en me faisant signe. D'une manière peu équivoque. Un craquement lointain se fit entendre, accompagné d'une déchirure rouge et ignescente au-dessus d'une colline qui faisait partie du bassin sédimentaire cerclant la cité. La foudre cramoisie. Malgré la distance, j'avais pu admirer pour la première fois de mes propres yeux la détonation abominable qui avait rendu l'Ermite des Capucins célèbre. Esquivant les badaux encore captivés par le spectacle d'ores et déjà disparu, je couru rejoindre le promontoire en amont de la ville.



Difficile de faire plus évident comme signal pour signifier « Viens ici » quand on ne sait pas se servir d'un téléphone. Mais à mesure que j'approchais du lieu-dit, une rumeur devenant crainte prit possession de mon imagination : Et si en fait ce n'était pas un simple appel, mais que mon instructeur avait eu recours à son assaut ultime au cours d'une embuscade ? Après tout je ne l'avais jamais vu le faire, malgré mes demandes répétées. Redoublant d'efforts pour gravir le sentier de la colline, je serrais déjà les poings m'attendant au pire.



Mes peurs s'étouffèrent aussitôt lorsque je vis au sommet d'une doline encore fumante, un soixantenaire en survêtements bleus, me regardant une main dans le dos, l'autre tendue à mon intention. N'y voyant bien-sûr ici nul défi, j'ouvrais une dernière fois mon sac à dos pour en sortir une cannette blanche et noire ayant perdu toute fraîcheur.



>J'avais eu peur que vous ayez des ennuis !



>Faut bien qu'tu saches où'c'qu'j't'attends mon petit ! Le repas va pas s'faire tout seul ! Aboya-t-il joyeusement, ponctuant d'un rire gras l'ouverture sonore de l'opercule d'aluminium qui fit chanter le crépitement de l'écume de son « thé-qui-mousse ».
Au centre du cratère se trouvait effectivement un réchaud et une grande marmitte déjà remplie d'eau trouble, à côté se trouvait une sacoche remplie d'aliments en vrac. Jugeant d'un coup d'oeil que j'étais censée concocter un Gulash, je m'pprêtais avec candeur mais concentration à ma tâche alors que mon hôte me regardait avec les paupières de l'oeil droit mi-fermées, indice que sa dernière gorgée fut déplaisante.



>Alors, comment c'était ?



>Comme d'hab Maître ! Tout le monde était allègre et louait votre nom !



>Ah, bien, bien. Mademoiselle Kuchibeni se portait bien ?



>Ma foi elle avait l'air. Oh mince ! Il faut que je vous dise, j'ai oublié l'argent au dojo, mais Madame Kuchibeni m'a fait une faveur incroyable. Achevais-je en abandonnant déjà la cuisson de ma soupe pour me prosternet en excuse. Mais mon révéré enseignant m'arrêta d'un geste posé de la main, en rétorquant :



>Incroyable, ça t'peux le dire. Demain tu ne manqueras pas d'aller lui rendre ce qui manque et de proposer ton aide pour la fermeture du magasin. Lorsqu'il s'agissait d'éthique, ce n'était plus le gentil grand-père aux chausettes dépareillées et ivre qui parlait, mais bien le héros de Satan-City, et il était impardonnable.



>Ce sera fait Maître !



>Bien. C'est de toutes façons pas la préoccupation du jour, tu t'souviens de ce que je t'ai promis ce matin ? Avant que je ne pusse répondre, il reprit : Tchtchtch- J'ai vu que tu t'étais donnée à fond, tu as bien mérité qu'on passe à la phase deux de ta formation pour devenir un héros !


Pour changer, mes dents sortirent de mes lèvres tel des balles de fusil pour former une moue improbable.


>Finis c'Gulash, et après tu iras prendre ton Bō.



Le festin fut expéditif. Et trop salé. Et donc mes excuses, pléthores. Mais nous semblions tout deux avoir été reposés par cette pause méritée. Nous prîmes du temps pour pleinement digérer en riant à gorge déployée aux histoires toutes plus farfelues les unes que les autres du Maître au sujet de sa jeunesse au côté de Muten Roshi. Cependant, une fois mon Bō en main, l'atmosphère changea sans transition.



>Tu connais déjà les rudiments du combat au bâton. Dit-il en revêtant son air sérieux. Afin d'canaliser, ton « ki » tu dois faire qu'ton corps soit prêt à l'accueillir et pas faire gicler d'un coup. Pour débuter, tu vas m'mettre une dérouillée.





Ce genre de phrases n'avaient même plus d'effets sur moi. Je ne pris pas la peine de lui demander s'il était sûr, mon Maître l'était toujours. Il me provoqua d'un appel de la main, faisant danser ses doigts avec amusement. Ma course fut initiée par un Fa-Sheng, un hurlement de l'esprit combatif. Me servant de mon bâton comme d'une lance, je me ruais droit vers ma cible statique. Sachant à quoi m'attendre j'interrompis ma lancée d'un petit pas sur la droit et, plantant le bout de mon bâton dans la poussière, m'en servi comme d'un tremplin pour passer au-dessus de la tête de mon Maître. Avant qu'il ne put réagir, j'abattais mon arme vers son crâne dégarni mais redirigeais instantanément mon coup vers son flanc, toujours en pleine acrobatie aérienne.



Pas troublé le moins du monde par ma feinte, Maître Hoù éluda mon offensive d'une simple génufléxion et se retourna et agrippant mon instrument de bambou pour me tirer par son biais en direction de son poing fermé. Mais cela ne marchais plus depuis ma deuxième semaine, l'école du Singe m'avait appris à me servir de mon gabari prônant l'agilité sinon rien pour en faire mon arme principale. Au lieu de tenter de fuir, je me laissait hâpper volontiers par son etreinte en envoyant mes hanches vers l'avant. Au centième de seconde avant contact, je battais mes jambes contre son torse à la manière d'un cheval au galop et mit un point final à ma riposte par un coup de talon me servant à me propulser loin de emprise, amenant mon Bō avec moi.



Moi-même excitée de mes prouesses d'à peine un mois passé avec mon idôle, je renfreignais ma fierté tant que possible, car une gifle rémanente était si vite arrivée. J'analysais rapidement la situation et me rendait compte qu'attendre serait synonyme de perte express. Par conséquent, je retournais au corps à corps, adressant cette fois un coup en « kobudo », saisissant le bambou par les deux tiers, l'épaule gauche de l'ermite clairement dans le collimateur. Mais une nouvelle fois au dernier moment, je modifiais la trajectoire de mon coup pour éviter une parade trop aisée et cherchais le plus loing possible derrière le mollet pour faire choir ma cible.



Mais mon Instructeur sage avait encore vu le coup venir, qu'il évita d'un saut rieur, suivi d'une course en rond autour de moi, encore et toujours pour me provoquer. C'est à ce moment que je me rendis compte que ma plus grande déception jusqu'alors de mon entraînement était le manque de folklore, de classe. J'étais venu pour apprendre la nec plus ultra d'un art martial séculaire, baigné d'une culture traditionnelle Sino-niponne séculaire, prodiguée par l'illustre Kame Sennin, mais je n'avais eu le droit qu'à des courses aux pauvres et des semblants de combats au bâton. Mais quand je voyais mon Maître courir dans tout les sens, les épaules dangeureusement baissées et les mains ballantes en arrière avec lourdeur, à la manière d'un primate des légendes... Je savais enfin pourquoi j'étais là !



Déjà épuisée, il me fallait mettre un terme à cet échange, sous peine d'échouer à cause d'un point de côté handicapant. Prenant une grande bouffée d'air frais, j'allais une fois de plus au contact, brandissant mon arme comme un gourdin. Il n'avait aucun moyen de savoir ce qui l'attendait, j'avais pratiqué cette botte en secret pendant ses patrouilles nocturnes. Vexée qu'il n'ait encore jamais tenté d'attaquer lui-même, je m'ordonnais de ne pas lancer mon « coup spécial » tout de suite, attendant un engagement de sa part. Mais je n'eus droit qu'à un échange de regards gênés, précédé d'un petit rire moqueur alors qu'il demeurait immobile. Trop c'était trop, je marquais le recul en bondissant en arrière pour derrière sauter en profilant mon bâton-gourdin à nouveau comme une lance ; le plan tenait en un mot : tremplin. Concentrant tout mon poids sur le bout metallique de mon bambou, il aller être désarçonné par le choc et je pourrais porter le coup de grâce !


Et contre toute attente, cela marcha ! Il eut à peine le temps d'écarquille le sourcil d'étonnement que je l'emmenais au sol, bien décidée à m'allourdir autant que faire se pouvait. L'instant reliant l'état « debout » à l'état « par-terre » me paru durer mille ans. Mille longues années durant lesquelles je pu constater avec rage, honte et désarroi les dents jaunies qui se découvraient des lèvres de mon Maître. Avec quoi, sa main droite formant un poing gonflé de veines et de balafres qui vint cogner mon robuste compagnon de bois, réduit à l'état de poussière avant même qu'Hoù Sennin n'atterit contre le sol.



>Raaaaah ! C'est pas possible! J'étais à ça ! Soufflais-je en gémissant de contrariété, m'avouant vaincue.

>Ahahah ! Félicitations Haiko ! T'as été ravissante mon garçon ! Maint'nant, ne laisses surt'pas s'chapper tes émotions. En lotus, vite ! Respiration rythmée, une inspiration, vingt secondes de rétention et on expire ! Douc'ment !



Je m'exécutais, encore fébrile de la rixe que je venais de mener. Mon for intérieur me criais tout un tas d'alarmes contradictoires, mais les deux messages les plus bruyants étaient « T'as tout déchiré » et « Putain si prêt du but, tu fais vraiment chier » .



>Ressens à nouveau l'excitation du combat, respires-là, gardes-là au chaud dans tes poumons. Voilà. C'est bien. Maintenant imagines mettre cette effervescence au service de la justice. Des vies dépendent de toi. Quand tu verras l'ennemi, tu te redresseras. Quand tu seras prête à ouvrir les yeux, tu prendras une dernière grande inspiration, et tu imagineras le sang appauvri en dioxygène quitter ton cœur pour s'embraser, et transmettre cette flamme à tout ton corps. Et à mon signal, tu les ouvriras.


Il était en temps normal peu aisé pour moi de m'adonner à ce genre de méditation, mais la ferveur du combat avait je ne sais comment apporté la paix dans mes pensées en cascade. Je le voyais, le premier bandit que je mettrais hors d'état de nuir. Ma première victoire contre le crime. Celle qui m'apporteras le respect du Maître... Et les louanges du peuple... Et surtout. Pap-. Cela suffisait. Délicatement, je dénouais mes jambes et me levais.



>Tu es prête ? Je répondis par une grande respiration.



>Bien. Ouvre les yeux !


Alors que de toute ma force je m'imaginais déjà m'embraser sous le brasier de ma volonté, tout ce que je vis c'est mes poignets doulouresement contractés de façon distordu, ma veine frontale qui gonflait et un sphincter décidément peu résistant à la pression. Après une longue minute à bouillir à en devenir rouge comme une pivoine, je me laissait tomber par terre, déçue.



>Raaaah c'est pas possible !


Le Maître eut l'air de chercher dans ses pensées un instant, puis me tendit une main, que je saisis. Elles étaient rugueuses et sèches, rien de bien agréable au toucher mais pourtant ça me réconfortait déjà un peu. Il me releva puis, tendant sa main vers ma poitrine il s'exclama en faisant un sourire paisible du coin des lèvres :



>Tout le monde n'est pas un génie ! Tu as déjà bien progressé et regarde !
Sa main dirigée vers mon torse changea de direction pour aller pointer de la paume le vide derrière lui. Après un ballet étrange de la poigne, il leva le bras d'un coup pour l'abattre à sa droite. Automatiquement, un immonde craquement cacophonique, mélange savant entre un tonerre et un os cervical brisé, tonna. Du vide lointain qu'il avait indiqué surgit un un torrent de flammes zébrées et cramoisies qui dansa de manière irréelle dans l'air s'échauffant, suivant le pattern tracé par mon Maître pour s'abbatre au dernier endroit où sa main avait pointée.




>Ne gâches pas la magie dans tes iris Haiko. Cet éclair, c'est toi qui l'a crée. Je ne crées ma foudre rouge qu'en puisant dans le Ki de quelqu'un d'autre pour le remodeler sous cette forme.



>Alors...



>Alors tu as fait d'énormes progrès. Finit-il, d'un ton emplit de fierté.


Dernière édition par Hoù Sennin le Mar 12 Jan 2021 - 21:12, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 22   22 ClockSam 19 Déc 2020 - 22:31
La joie cristalline, c'est ça que j'ai ressentie. Un shoot pur de l'aiguille de la dopamine droit sur la fosse cubitale de mes synapses.

Tchooou Tchooou ! Ma vulve est un volcaaaaaaaan ! Je crois que j'ai raté un battement de cœur là. Mon dieu, je sais le faire-je viens de le faire. J'ai presque l'impression que c'était trop simple ? Pourquoi j'ai rien ressenti ? Putain ce que c'était classe j'en ai encore le duvet dressé ! Ca à fait CRAC et puis j'ai cru voir 10 000 soleils s'embraser et s'éteindre en un instant. Ce n'était pas simplement un flash abstrus de lumière rouge, c'était un ruban composé d'un millions de poussières ocre. Il est passé tellement prêt que j'ai pu les constater ! Les petites particules virevoltant autour de la lumière zébrant l'air comme des lucioles autour d'une glycine ! ET MON DIEU IL EST ROUGE ! LA PREMIERE EXPRESSION DE MON ENERGIE SPIRITUELLE EST ROUGE COMME VOUS MAÎ-Serait concisement, à peu prêt le langage que j'eus tenu, si ma bouche laissa s'échapper autre chose qu'un sourire colgate tordu. A peu de choses prêt, ce langage.

Je ne suis pas sûre de la tête que j'ai faite à cet instant là, mais le maître à bien dû soupçonner un arrêt vasculaire-cérébrale, parce qu'il à sorti des dragées de sa poche.

Q-Qu'est-ce que c'est ?

Des noisettes du 7/11, je les ait confites dans du saccharose la première fois que tu es allée m'en acheter.

C'est marrant ça, elles brillent !

Et oui, c'est ma recette secrète à moi. Manges donc faut'qu'tu recharges ton corps en sucre.


Persuadée qu'il s'agissait d'un des nombreux secrets qu'il me faudrait dompter afin de devenir une héroïne, je demandais d'un ton de nouveau maîtrisé et donc, mielleux, de quoi il en retournait tout en croquant à pleine dent sur la friandise. Hmm. C'était une noisette quoi.

Oh tu sais c'est très simple, d'abord il faut le faire tremper 3 semaines dans du saccharose, ensuite le retirer de sa saumure sucrée sinon il se cristalise, et cette fois remplacer le saccharose par de l'eau misée.

De l'eau misée ? Demandais-je cette fois avec les yeux ronds comme des billes.

Oui, de l'eau misée ; C't'une eau enrichie en calcaire, qui permet d'enrober la noisette dans un cocon sucré scintillant mais non-cristallin, ainsi dès qu'tu croques ton corps commence d'jà à métaboliser et t'es repartie ! Le dépôt de calcaire, c'est ce qui la rend si éclatante !

Oh ! D'accord !

Bon allez, finis tes croquettes pis on y va hein. On va't'y passer à la deuxième phase de l'entraînement mon garçon !

Quoi ?! Mais Maître, j'suis toute cassée là ! Je tiens à peine debout, l'éclair doit m'avoir déchargée même si j'ai rien senti. Et puis, je suis presque sûre que vous m'avez pété la clavicule quand vous avez rompu mon Bô tout à l'heure !

Héhé déchargée. C'est +1 pour l'd'jeu'd'mot ça héhé ! Mais je veux rien savoir, garçon ! Alors que tu te plains, le crime bat son plein !

Mais au moins une douche...

Ranàfout', direction le nid !





Ce qu'il fallait comprendre par « le nid » dans la bouche de Maître Hoù, c'était qu'il parlait du « Nid » du crime. Autrement dit : la zone désaffectée. Non-loin de Satan-City s'étendait le cadavre gris d'une grande zone industrielle. Ou une ville peut-être. En bref, l'endroit cliché à souhait pour que n'importe quel projet illégal naisse. Je n'ai jamais compris pourquoi la police ne surveillait justement pas principalement ce genre d'endroits. Ca n'a pas de sens de laisser sans surveillance une tumeur insalubre qui parasite de toute façon tout le réseau neuronal. Enfin, j'imagine que c'est pour cela que des gens comme Hoù Sennin existent.


Aussi nous arrivâmes dans le royaume du ciment. Du gris, de partout. Un labyrinthe de rénures parfaitement contrôlées, horizontal et vertical. Dans la fine brume chimique qui s'échappait de certaines hottes on-ne-sait-comment encore actives, on pouvait avec un peu d'entraînement occulaire apercevoir entre deux blocs des silhouettes en proies à toute sortes de magouilles inavouables.


Nous, nous étions perchés sur un château d'eau perforé en grand. Vingt mètres nous séparaient de « l'étage » le plus proches. Une petite fourgonette carrée, à la japonaise, était stationnée en contrebas. Trois hommes la gardaient. Ils semblaient tendus, accrochés à la bagnolle comme si leur vie en dépendait.

Lorsqu'il s'agissait d'entraînements théoriques, le Maître aimait bien que je me prêtes au jeu de l'analyse et discuter de ce que j'avais cru nécéssaire de souligner. Mais vraisemblablement, l'excitation de mon dépucelage au combat contre le crime l'avait emporté. Car, à peine eus-je le temps de prononcer :




Trois hommes, probablement drogués étant donné la prostration notable de chacun-



Qu'il bondit d'accroches en accroches, les bras tombant derrière lui, s'aggripant aux gouttières, sautant à pieds joints contre les rambardes. En deux temps, trois mouvements, mon Maître atterit brutalement contre le bitume.

A chaque bonne action, le diable titube !


Ah bah à ça... C'était sûr, Maître Hoù allait assurer le spectacle comme Walt Disney ou la neige blanche. Pourtant, ce n'était pas pour ça que mes narines étaient retroussées. J'allais enfin voir mon Maître en combat réel. De visu. Mais ils étaient armés. Et alors qu'ils dégainaient 22. milimètres et autres dents crantées, mon plus grand effroi fut surtout celui du nombre de barreaux d'échelle du château d'eau que j'allais devoir engloutir pour lui prêter main forte.


Bon et ben...

22 ! V'la la cavalerie !


Dernière édition par Hoù Sennin le Lun 21 Déc 2020 - 2:21, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: 22   22 ClockLun 21 Déc 2020 - 2:03
KLONG 

KLONG

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Ainsi geignaient les traverses d'aluminium que je dévalait deux par deux. Pas le temps de prendre des précautions, sinon j'allais arriver trop tard. Plus bas, la chorale d'un combat entièrement déséquilibré bruissait mais cette mélopée était trop distante pour que je ne fusse tentée de jeter plusieurs coup d'yeux pendant ma catabase. Après tout, un concert est toujours plus divertissant quand on peut témoigner de la frénésie des altistes !    

Mes œillades succinctes offrirent à mes nerfs optiques la féérie d'une boucherie épique. Dans les séries d'arts martiaux, les observateurs constatent toujours chaque coups de la rixe comme s'ils avaient à disposition une VAR intégrée dans leur maculas. La vérité c'est que du combat, mes rétines ne capturèrent que quelques coups plus lents, car décisifs parmi tout le tapage de mouvements en tout genre. 

L'homme qui était le plus à droite de la fourgonnette blanche se ruait sur le maître comme une sorte de bête sauvage. Puis, bouillie d'informations visuelles trop nombreuses pour être prises en compte, Je crois apercevoir que dans son élan rageur, le forcené parvient à donner ce qui s'apparente à des coups de surin étant donné l'amplitude de ses mouvements d'épaules. Pendant ce temps l'un de ses acolytes, pas celui qui est couché au sol avec un bras pas rangé dans le sens naturel ; l'autre dans le dos de Maître Hoù tente de l'agripper par la taille. Entretemps, ma vue retourne sur les échelles, mes mains bandées les parcourant à une vitesse industrielle. Retour instantané à la scène, cependant il aura suffit d'une seconde d'attention détournée pour que mon maître passe de debout et acculé à fléchi dans les airs, son genou faisant connaissance avec la mâchoire du type armé. Tandis que ses deux bras allaient chercher loin derrière sa tête, son dos prenant une courbure dangereusement penchée vers le sol, afin que ses mains se referment sur le crâne du pauvre hère qui essayait encore de l'incapaciter.

A l'instant où je me disais que je comprenais une fois encore pourquoi il avait appelé son style le "Poing Simiesque", j'en oubliais que moi même j'entreprenais une descente effrénée et l'une de mes mains manqua sa ligne de vie ferrée. 

Baah merde ?!

Il me fallait recouvrer mes esprits. Vite. Je ne suis plus une débutante, je sais quoi faire dans ses moments là. Après tout, y'a difficilement plus rapide qu'une chute libre pour arriver à destination. Surtout, ne pas s'emmêler les pinceaux à essayer de se rattraper sur un des barreaux. Je risquerais de me rompre les poignets. Niet, je vais plutôt...

Alors que ma fossette distordue témoignait du regret amer d'avoir été stupide et de mes fractures multiples prochaines, mes deux genoux se relevèrent jusqu'à mon abdomen, et j'appuyais de toute mes forces avec mes jambes contre le pilier échelé sur lequel je me tenais une seconde avant. Je fus propulsée brutalement vers l'arrière, ergo, dans le vide. Aussi est-il important de préciser que je n'étais pas encore suicidaire. Le style du singe auquel j'ai été formée ces dernières semaines repose, comme beaucoup d'arcanes du Kung-Fu sur l'étude et la pantomimique de la gestuelle des singes. Autrement dit, embrasser la grâce particulière du babouin qui, les épaules tendues et les bras ballants, fait de n'importe quel surface une plateforme de réception pour ses acrobaties.

Je passais ce moment de vol très bref à chercher désespérément des yeux, qui tourbillonnaient dans ma sclérotique, mon prochain point d'accroche. Là ! Je penchais la tête bien jusqu'à effleurer ma colonne vertébrale, dans l'idée de répartir mon poids de manière plus avantageuse. Une fois que mon corps eut fait une révolution entière, je braquais brusquement mes hanches comme un gouvernail vers la gauche. De ce fait, mes jambes se réceptionnèrent sur la rambarde d'un parking en auteur pour aussitôt me repropulser vers un colonne porteuse faite de briques roussies. Ce qui est bien avec les briques, c'est qu'une fois qu'on à assez amortie la vitesse d'incidence, on peut s'agripper aux interstices. Pfiou.

J'étais enfin dans mon élément, je pus enfin atteindre l'étage désiré en quelques sauts d'agglomérés. J'avais tellement stressé que j'avais l'observation des prouesses belliqueuses de mon maître étaient passées aux oubliettes. Je suis bien volage comme fille dis donc ! Le Héros de la Capitale de l'Ouest ne prit même pas la peine de se retourner, il salua simplement mon arrivée d'un gloussement satisfait. Dans son dos, gisait le deuxième bougre au schlass accompagnant son prédécesseur au bras désormais inadéquat. Quand au troisième, le malheureux avait l'insigne honneur d'un tête à tête avec mon Maître, tandis que celui ci le tenait par son col bleu des deux mains. 

Le temps semblait être venu à l'interrogatoire. Moi qui trépignait d'impatience de jouer les Good Cop/Bad Cop avec mon enseignant, il en fut décidé autrement. Je n'étais à quelques pas du Maître lorsqu'il lâcha le quidam pour armer son poing droit. Sa chemise à carreaux jaunes délavées fut soufflée vers l'arrière me cachant la main sur laquelle toute ma vigilance était dressée. L'instant d'après, je vis une sorte de nuée d'étoiles blanches scintillantes tournoyer un peu partout du maître. Je fus prise d'une quinte de toux, stupéfaite par cette nouvelle démonstration d'énergie spirituelle !

L'est-où l'reste d'la cam' ? Parle ! Beugla Hoù Sennin d'un ton ineffablement intimidant. Je restait coite. L'homme par contre, répondit instantanément et ce, d'un air anormalement détendu :

>Dans le local derrière l'intersection, là-bas. Son bras ankylosé accompagnait ses paroles surréalistes. Il était... Parfaitement calme ? Il avait pourtant l'air d'une petite frappe. Peut-être était-ce la drogue ? Ou alors la technique étoilée de mon Maître ?

Z'étiez pas seuls, pas vrai ?

>Non, y'a tout mes amis.

Combien ?

> Cinq.

Et en effet, ils étaient cinq. Je ne saurais dire s'ils avaient eu un sens du timing sacrément bien huilé ou si c'était moi, car j'eus l'impression que ma perception du temps était quelque peu perturbée. Ils arrivèrent par l'intersection en courant, munis d'armes à feu bien plus impressionnantes que le 22. millimètres de monsieur-plus-trop-de-bras. 

Haiko ! Dans l'gamos ! Dit-il la voix comme chargée de glaires.

J'appliquais derechef son ordre, sans même me poser de question. J'ouvrais d'un coup la portière postérieure du camion, et refermait aussitôt derrière moi. Autour de moi, plusieurs tas de sachets transparents de poudre rouge. De la red ice. Dehors, j'entendis la même chorale que précédemment, ponctuée d'accompagnements philarmoniques de kalashnikov. Cette fois j'étais au premières loges pour l'écoute. A travers la petite vitre de plexiglass, je constatais à nouveau la démesure des compétences de mon Mentor.

A la différence que, cette fois-ci, malgré mon état tendant vers le groggy, ma perception semblait tout à fait acclimatée à l'analyse plan par plan de l'altercation. D'un boléro auparavant endiablé et imbuvable, j'assistais maintenant à une sarabande noble et tranquille. Les flèches de tungstène fusaient de partout et mon Maître dansait tout autour, entamant brièvement une valse en trois temps à chacun de ses adversaires. 

1-2-3, 1-2-3, 1-2-3, Désarmement, Jab, Rupture, 1-2-3, 1-2-3, 1-2-3, Coup sur la crosse, Gnon dans le mandibule, Frappe assénée aux tympans et... 1-2-3, 1-2-3, 1-2-3 !

Ce fut bref. Enfin, je crois. Peu de temps après son dernier déhanché, le maître revint ouvrir la porte qui laissait passer quelques rayons crépusculaires artificiels. Sans que je m'en aperçoives, mon rempart de tôle avait été criblé. Cette constatation me réveilla, comme si me rendre compte que j'avais littéralement échappé à la mort sans le savoir m'avait sorti d'une torpeur infinie.

Ca va comme tu veux p'tit gars ? 

O-Oui. C'était... Fantastique !

Héhé. Le crime fait jamais le poids ! Nyark Nyark !

Sur ses entrefaites, nous prîmes la peine de réquisitionner tous les outils sème-la-mort de nos victimes et nous les enfermâmes à l'arrière de leur propre camion. Alors que je traînais l'un d'entre eux qui s'avérait être particulièrement pesant malgré son air émacié, je remarquais que son annulaire gauche était serti d'une sorte de bague fantaisie rouge un peu ridicule. Je fis prise d'un sourire narquois, me demandant qui pouvait se marier avec un bijou de si piètre facture. 

Après un bon quart d'heure à faire le sale boulot, nous nous dirigeâmes vers le fameux local cité plus tôt. Au rendez-vous, comme attendu, des kilos et des kilos de red ice. Et un gardien ventripotent qui manqua de se faire dessus quand il nous vit arriver à la place de ses potes. Seulement, alors que mon Maître comptait les charges, j'ouvris une porte au fond qui ne payait pas de mine. Je m'attendais à trouver des armes, encore plus de drogue, ou un autre malfrat embusqué mais...

Face à moi se trouvait une antichambre, ou plutôt, une pièce à vivre dérobée dans laquelle était couchés une dizaine de femmes et d'enfants faméliques. Ma première pensée fut qu'on avait affaire également à du trafic d'humains, ce qui commençait à faire un Curriculum assez bien fourni pour nos trouffions. Seulement la femme la plus à droite, couchée sur un matelas corrompu par la moisissure, dont chacune des inspirations paraissait plus douloureuses que la précédente portait à son annulaire gauche une bague rouge qui m'apparaissait alors désemparant plutôt que ridicule.

Maître... On fait quoi ?
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MessageSujet: Re: 22   22 ClockDim 3 Jan 2021 - 3:06
D'un geste sec, je débranchais mes écouteurs de mon baladeur. Les moments que j’aimai le moins dans ma carrière naissante d'héroïne, c'était quand les bons gestes désintéressés occultaient l'action. Le pire étant quand lesdites actions se déroulaient bien évidemment à l'insu de tous. Et là je l’humait à dix-millions de kilomètres comme on renifles les orteils d'un Ogre à sept lieues de distance, on rentrait en plein dedans. J'appelais ça " les instants Yama-otoko ". Mon Maître aussi était du genre à aider les gens qui ne daignaient même pas demander de l'aide en portant leur lourdes charges jusqu'à leur maison, sans rien espérer en retour. J'entends que c'est normal d'aider son prochain, mais il y à des limites.




On à le droit de vivre pour soi un peu aussi hein. M'enfin. C'est ce à quoi Maître Hoù carbure, alors je ne dis rien. C'est quand même gratifiant d'aider les miséreux. Je dois avouer que chez lui même l'altruisme outrancier abandonnait sa banderole de suspicion pour m'apparaître tout bonnement admirable. Et classe. Admirable ET classe... M'enfin quelle guigne nom de dieu !  Car la guigne je l'avais bel et bien pressentie : Le premier indice demeurant dans l'absence de réponse oroportée. Et lorsqu'on connaît Hoù Sensei aussi bien que moi, c'est peu dire que ça pue le pâté ouzbek quand un moulin à parole ne répond pas à l'interrogation d'un autre.




Mon regard figé sur cette fichue alliance, je pus sentir mes feuilles de choux frémir au son peu enchanteur du sol de mortier sec maculé de balayures.  Puis à celui du culbute du sachet plastique chargé de boulange contre ce même plancher. Pour finir, l'abrasion des tongs en caoutchouc fatigué contre le petit palier qui séparait l'antichambre du local électrique.


Chiure.




Un « Hhh.. » d'exhalaison ahurie fuit des commissures de mes lèvres. Le maître ne disait jamais de grossièretés. Il avait même dû apprendre à tolérer les miennes du moment qu'elles restaient dans le cadre du privé. Mais aucune pique ne me vint. Ouais. Exécrer les changements de plans chronophages est une chose, être insensible en est une autre. C'était une sacrée chiure. Il s'avança vers la femme haletante, je l'accompagnais du regard en me frictionnant la bouche. Il marqua une génuflexion lente en retirant de son buste endolori -avec une délicatesse qui lui était rare- la main baguée de la femme, pour la serrer contre lui. Son pouce boudiné glissa vers l'artère radiale de la main diaphane, sa tête allant et venant au décompte.




Sans que je l'ailles remarqué, les autres occupants du taudis s'étaient approchés au chevet de la souffrante. Ils ne dirent rien, mais les têtes baissées et les regards résignés en disaient long. Un petit bout, pas plus de dix ans au compteur, nippé dans un chandail plus vraiment blanc, me saisit la main.




>J'veux pas aller en prison madame ! On à rien fait de mal !




Ne sachant quoi répondre, ma main se dirigea sans que je lui demande vraiment et lui ébouriffa les cheveux.


Heuon est pas de la police p'tit gars ! Si on est là, c'est pour vous aider !

Il ne parut pas convaincu le moins du monde. Le Maître quand à lui, pivota vers moi, sans lâcher sa patiente. Son rictus me félicitait, mais la seconde d'après ses sourcils m'indiquèrent de faire moins de bruit pour ne pas interférer avec son comptage. D'un remous de l'épaule, j'invitais le garçon à me suivre vers la sortie. Il fut accompagnée par une femme en haillons qui devait être sa mère. Les autres ne prirent pas la peine de nous accorder un regard, visiblement sincèrement préoccupés par l'état de leur amie. Une fois à bonne distance, je fis de mon mieux pour contrôler mes micro-expressions : courber mes zygomatiques pour avoir l'air peinée, changer à peine de focalisation visuelle en regardant bien dans les yeux pour changer l'orientation de la réfraction de la lumière sur mes iris. Ainsi mes yeux avaient l'air pétillants et donc, plus bienveillants et « sincères ». J'avais toujours l'impression d'être un peu manipulatrice quand je faisait ça. Mais je laissait toujours tomber en me disant que si mes efforts suivaient mes sentiments, ça passait.



Les hommes qui nous ont tiré dessus, c'étaient vos -tortionnaires ?




Cette fois-ci ce fut la mère qui prit la parole.




>Ce sont.. -C'étaient des maris, des pères, des frères. Je ne savais pas qu'ils étaient armés mais...




Dit-elle d'une voix qui se voulait la plus neutre possible. Je l'aurais parié que c'était pas du trafic d'humain. Ça promet vraiment rien de bon. Elle reprit :




>Si vous êtes là et pas eux, pardonnez moi mademoiselle, mais c'est qu'ils avaient des raisons de l'être.

>Mon Papa va bien ?



Je ! Rassurez vous madame, ils sont encore en vie !




Les muscles de sa paupière inférieure se relaxèrent dare-dare. Je caressais à nouveau la tête du p'tit bout. Il me jeta un regard plus vrai que je n'en ferais jamais, j'en étais convaincu. Il sut retenir sa joie silencieusement, se contentant de nous écouter.




>... Qu'est-ce que vous allez nous faire alors ?


Mais on est là pour vous aider Madame !




>Nous aider de quoi ? Vous représentez quelle autorité civile ? Cela fait des mois que ma famille traîne dans ce cloaque ! Nous aider c'est bien beau ! Allons, si vous êtes là c'est parce que nos hommes étaient problématiques pas vrai ? Je vais vous dire mademoiselle, ils n'auraient pas eu besoin de l'être si vous nous aviez aidés avant !




Avec une saccade qui m'était oppressante, elle ponctuait chacune de ses fins de phrases en me pointant de son index accusateur. Quand elle eut fini, elle me découvrit un sourire éburnéen me sommant d'aller bien me fait voir avec mes bonnes intentions. Je l'avais prise pour une crasseuse des bas-fonds, mais à la lumière de son sourire mauvais, ses vêtements rapiécés m'apparurent comme autrefois celle d'une mère de famille modeste mais élégante. Je ne saurais dire si c'était contrôlé ou pas, mais mes sourcils s'arquèrent vers l'intérieur haut, souhaitant de tout leur cœur exprimer la compréhension.


Nous sommes des... justiciers, on n'a aucun lien avec la ville, à part le désir de vous défendre. Vous ne connaissez pas mon Maître ? -Celle-la, même pas elle était sortie que je savais qu'elle sentait pas bon, et le grincement de dents que je reçu aussitôt me le confirma. A contrario, les oreilles du petit se dressèrent, intrigué.- Mais, je ne suis pas sûre de comprendre, -J'étais presque sûre de bien le comprendre- en quoi nous aurions pu vous aider auparavant ? -Dis donc, je savais vraiment parler propre quand il fallait!-




>... L'année à été atroce pour tout le monde. Mais contrairement à ce que clament les affiches partout dans les rues, l'économie ne s'est pas totalement remise depuis le changement de proprio de la terre ! Les petits commerces n'ont pas tous survécus à l'averse. Par contre pour envoyer les huissiers nous expulser de nos logements, ça y'avait des moyens ! Alors vous vouliez qu'on traîne où ? Dans les rues ? Demandez à la fabuleuse Brief de réchauffer les allées parce que c'est pas encore au point pour y dormir dignement !


Je suis navrée d'apprendre ça, ça à du être terrible.




Je marquais une pause en cillant, certaine de me prendre une remarque cinglante. Au contraire, elle rétorqua la voix adoucie :




>Je ne suis pas une cruche, je sais qu'ils ont tenté quelque chose d'illégal pour nous sortir de là. Ça fait quelques jours qu'ils traînent avec des gens pas fréquentables. Je... Qu'ils aient attenté à vos vies ne m'étonne guère. Ils sont aimants et ont le sens des responsabilités. En les menaçants, nous étions menacés.


A vrai dire, ils ont tiré à vue...




>Je ne les excuses pas, mais si vous êtes comme vous dites des justiciers notoires, je ne vois pas d'incohérence à ce que leur tentative de nous sauver fut considérée comme en danger.




De nul part, d'autres voix vinrent se mêler à la conversation qui m'était déjà éprouvante :




>Alors quoi c'est bien facile de juger, non mais vous vous êtes mattés ? Vous avez l'air d'une commando de la mort avec vos habits ! -Mais ce sont mes vêtements d'entraînement ?-




>Vous devriez plutôt vous soucier de Kenkō, comme votre grand-père ! -Mon grand-père?!-




>Il est où tonton ? -Oh putain-

>Menteuse ! -
Mais?-





>Vous pensez que c'est facile ? -Mais j'ai dit tout le contraire!-








Mes doigts frictionnèrent une fois encore ma bouche. Ça faisait trop là. Derrière moi, une partie du monde que j'avais laissé en suspend reprit vit en sautant des étapes que je n'avais pu constater. Comment tous leur répondre convenablement ? Réfléchissons à la situation. Leur livraison de Red Ice était un donc dernier recours, un chant du cygne. Pour des gars pas entraînés ils m'avaient parus bien impressionnants pourtant... Mais ça explique leur manque d'aisance avec des fusils d'assaut. Et puis face à l'éclair cramoisi de la Capitale de l'Ouest, tout le monde à l'air un peu ensuqué. Mes pensées en cascades s'interrompirent alors que le gamin me saisit par la manche :




>Comment vous allez faire pour nous aider alors ?




>Yūki, s'il te plaît.




>Et ils sont où d'abords nos hommes ?




>Mademoiselle, ne nous faites pas de mal s'il vous plaît.



-Je n'en pouvais plus. Il fallait que ça s'arrête- Et bien, je-




Une poigne burinée, laquelle commençait à devenir familière me tapota l'épaule. Il serrait contre lui celle qu'il avait auscultée au préalable.


Mesdames. Ma jeune élève n'y est pour rien. J'ai entendu vos craintes, les forces de l'ordre ne sauront rien de cette histoire. Je vais mener Mme Kenkō à l'hôpital, à mes frais. Pour ce qui est de vos conjoints, ils sont dans leur camionnette plus haut, vous pouvez aller les chercher. Quand nous reviendrons, nous ferons en sorte de vous sortir de là.




Maître Hoù n'abandonnait pas son parler-châtié. Jamais. C'était sa marque de fabrique. Dans le privé, en public, devant les journalistes à la télé... Je ne l'avais jamais entendu aussi formel. Le pire, c'est que devant ce discours de politicien, personne dans l'assemblée plus tôt acide ne pipa mot. Perdue, je soutenais machinalement à mon tour la dénommée Kenkō.




Nous franchîmes le seuil de l'antichambre, traversâmes les tables couvertes de preuves accablantes d'un trafic de psychostimulants, mais à peine la porte du local franchie que nous dûmes nous arrêter. Car dès que la lumière grise de l'après-midi caressa la première partie du corps de notre protégée qui s'y présenta, c'est à dire son bras gauche, qu'elle croassa odieusement. Elle se raidit, comme si ses muscles étaient tous devenus des élastiques menaçant de rompre. Son bras fusa aussi loin qu'il put de la source lumineuse, se tachetant d'une constellation de flétrissures mauves. Si Maître Hoù n'avait pas réagi, je serais restée comme une crétine. Sa réaction fut somme toute rapide, comme s'il avait compris de suite ce qu'il se tramait.

Madame Kenkō persista cependant de se tordre dans tous les sens, découvrant au passage une dentition gâtée qui m'hérissa les duvets brachiaux. Mon Mentor l'amena au sol d'une rotation de la hanche l'accompagnant doucement et apposa ses mains contre son cou. Bouffi. Son cou vultueux. Son cou atrocement tuméfié. Eurk !



Haiko ! Va't'y cher'cher queq'chose qui shlass ! Et d'la biture ! Qu'elle nous fait un choc anaphylactique !




Je ne me fis pas désirer. Je tapais ma plus belle pointe partout dans le local à la recherche de ce qui m'était demandé. Un choc quoi ? Pourquoi elle était toute grosse d'un coup ? Posé à côté d'un des sachets de poudreuse, je trouvais une opinel à la lame mouchetée de crasse. La bouteille d'alcool fut moins aisée à dégoter. Mais à force d'arracher littéralement les tiroirs aux étagères je finis par trouver mon bonheur. Et ben, ils lui ont mis un coup ! J'apportais tout cela derechef à mon enseignant qui mes les déracina presque des mains.  D'un coup de dents, il ôta le capuchon malôdorant de la bouteille en vida le contenu sur l'opinel puis, à ma plus grande surprise, sur une feuille de tabac à rouler qu'il avait récupéré de la poche du tricot qu'elle portait.




Sa gorge était tellement enflée qu'on aurait dit qu'elle était enceinte. On pouvait voir avec horreur sa trachée appuyer contre sa jugulaire. Le maître n'attendit pas une seconde de plus et incisa sous la thyroïde une travée de quelques centimètres. La chair se détendit docilement avec un frémissement presque hideusement satisfaisant sous la cajolerie de la lame ointe. Maître Hoù il plongea aussitôt la feuille à fumer qu'il avait roulée comme une cigarette dans la plaie. Béante. C'était comme si elle avait une sorte de tuba hideux greffé à la gorge. Je crus que j'allais tourner de l'oeil. Mon Maître m'avait averti qu'il me fallait être apte au premier secours. Mais ça ! Mais pendant que toutes mes pensées me révélaient une nouvelle façon de m'indigner, elle respirait. Plus péniblement que jamais. Mais elle respirait. Le râle pulmonaire s'échappait par la cavité fraîchement transplantée. C'était un cauchemar pour les yeux et les oreilles.




Rash et Choc Anaphylactique. Y'a un truc qui sent l'Saint Nectaire ici.


Le Maître m'indiqua d'un geste de rester à son chevet tandis qu'il bondit vers la chambre précédemment dissimulée. Il revint avec un plaid poussiéreux avec lequel il la recouvra entièrement comme un déguisement de fantôme assez modeste.
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MessageSujet: Re: 22   22 ClockLun 4 Jan 2021 - 13:53
Clic.





Je ne crois pas être une fille de petite nature, mais comme n'importe qui j'ai mes limites. A bonne distance du local, mes rétines étaient encore imprimées de l'image du sang boueux s'échappant de la gorge comme une portée d'araignées grouillantes. Mes oreilles frémissaient encore de dégoût, ressassant en boucle le chuintement de la peau du cou qui se détend, se libère, accueille la lame à bras ouvert. Ma peau elle-même paraissait vouloir s'en aller loin des quintes de toux sanglantes qui l'avaient corrompue. Je n'ai même pas fait attention à la réaction des autres, c'était qu'un bruit de fond en plus en comparaison à cette scène. Afin de la libérer des images, j'agitais ma tête machinalement comme pour flanquer un « non » franc et massif au vide.


On l'avait portée à la camionnette de ses proches, camouflée sous son plaid. Derrière, les malfrats étaient encore sonnés pour la plupart. A l'exception d'un homme, monsieur-plus-trop-de-bras. Il avait beaucoup gémit en voyant qu'on apportait quelqu'un, qu'il ne pouvait pas reconnaître qui plus est. Maître Hoù se retourna et lui fit les deux doigts de la paix en exagérant son articulation pour qu'il puisse l'entendre à travers le verre trempé.


C'va a-ller ! On l'a-mè-ne à l'hô-pi-tal !


Comme c'était un multipla des années 1000, nous nous étions installés tous les trois à l'avant. Moi à gauche, madame Kenkō au milieu et mon Maître à droite. Par chance les clés étaient restées sur le contact. On les avait vraiment eu sur le fil du rasoir. Le trajet retour avait du être long, je ne sais pas. Je crois que comme moi, le Maître n'avait rien trouvé à dire. Tout ce dont je me souviens c'est moi m'éveillant ponctuellement pour me rendre compte que je fixais le vide, mes pensées redondantes rythmées par la respiration rauque, bruyante et aqueuse du fantôme d'Halloween beige à côté de moi. « Glacer le sang » était une expression que j'avais toujours trouvée hors de propos. J'avais plutôt chaud en fait. Cette même chaleur incommodante qui ramollit les plats au micro-onde et les prives d'eau et de saveur texturale. Ma colonne vertébrale en irradiait. J'étais molle. Flasque. Liquéfiée. Le mal-être que j'avais ressenti en voyant « l'opération » d'urgence pratiquée par mon Mentor avait fait de moi un tas de merde informe. Je ne suis même pas sûr que j'aurais été capable de serrer correctement les poings si il l'avait fallu. J'étais faible. Flasque et faible. Mentalement évidemment, mais physiquement plus que tout. Sa présence était insoutenable, je voulais qu'elle parte.


...


Mon malaise s'atténua quand on arriva au CHU, Hoù Sennin les avait déjà prévenus. Des brancardiers coururent la chercher et sans perdre la moindre seconde, commençaient un check-up alors qu'ils la transportaient sur un lit-mobile. Malheureusement ce ne furent pas leur prestation qui me sorti de ma torpeur incommodée, car contrairement aux séries, ils ne lancèrent aucune tirade médicale bien sentie. C'était affligeant de routine. Apparemment le maître avait du très bon boulot malgré les moyens du bord. Non, c'est l'attente qui me libéra. Vingt longues minutes d'attente de la police venue réceptionner 5-6 colis fragiles à l'arrière. Mais vingt minutes au calme, sans la machine infernale à quelques centimètres de mes oreilles, et de mon cou. Le Sennin prit soin de ne pas briser le silence, comprenant que j'en avais besoin. Il m'apporta tout de même une cannette de café à la noisette prise au distributeur. Me sentant bien mieux, quand les flics arrivèrent finalement, je fus de nouveau exhubérante. Je pris même la peine de saluer avec le plus grand des sourires monsieur-plus-trop-de-bras, lui souhaitant la plus paisible des convalescence. Il n'eut pas la force de répondre, l'un des képis bleus ayant appuyé sans le vouloir sûrement sur son membre lésé.





La caisse n'étant pas à nous, nous dûmes la rendre et rentrer au dojo à pied. Le changement d'atmosphère en contraste avec tout les jours passés sous le symbole de la persévérance saine que je me surprenais de ressentir la hâte de porter rochers et autres sur mon dos. Même mener inlassablement la pitance aux sans-abris était une sinécure que je considérais sérieusement. Alors que nous marchions toujours sans dire mots, il y eut un raclement de gorge sonore à ma droite :



T't'sens meilleur p'tit mec ?

J-je crois Maître. Mais qu'est-ce que c'était que ça même ?


C't'l'limites d'la justice dans not' société. Pis la preuve qu'les gougnafiers sont pas toujours tout mauvais. Mais qu'faut comme mêm' les-   -Il avait recommencé à parler comme d'habitude. Peut-être qu'au fond il savait parler correctement quand il le fallait, mais qu'il était plus à l'aise avec son parler-châtié. Je veux dire, oui, ça fait du sens. Il avait pas l'air très en confort avec ses mots à ce moment là. C'était bon signe alors.-


Non je veux dire... Ça ? C'était quoi ça ? Sa gorge...


Uh. c'pour faire passer l'vent quand la jacteuse elle peut pû. C'pas r'luisant mais c'primordial com' geste de premiers soins.


Pourquoi elle était toute gonflée ?


Ça c't'un mystère mêm'pour moué. Faudra qu'on r'garde partout, c'est p'têt infectieux !


Je ne répondis rien. J'avais oublié qu'on allait devoir y retourner. Parce que c'était notre devoir. Le Maître semblait déçu par mon manque d'enthousiasme, alors je cherchais vite dans ma tête de quoi ré-égayer la conversation.


Maître ! Vous pouvez m'en dire plus sur l'eau misée ? J'aimerais bien avoir une réserve des noisettes spéciales ! Parce que j'aurais bien besoin d'un peu de peps là héhé !


T'sais quoi Haiko ? On'rentre au Dojo, on s'prépare pour aller les aider, pis une fois la journée terminée, 't'y qu'on prend l'train pour Twillight Town. On ira s'r'poser à la plage et je t'apprendrais à en faire ? 'K ?


Ça me va !


Arrivés à l'intersection où se trouvait notre château d'eau, nous fûmes à moitié étonnés de voir une procession de personnes de tous les âges, pour la majorité habillés en Gi de toutes les couleurs. Visiblement, il y avait encore des gens enhardis par les affiches qui voulaient devenir mes co-disciples. Les pauvres... 
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MessageSujet: Re: 22   22 ClockSam 30 Jan 2021 - 2:29
Hoù Sennin s'arrêta net à la fin du trottoir, prit mon bras et murmura d'une voix peinant à descendre dans les tessitures propres aux conciliabules :




'Gard' les. Pour la discrétion c'est râpé.




Visualisant très bien comment les choses allaient tourner, je soupirais en guise de souscription.




>Il est là ! Tout le monde ! C'est l'éclair de la Capitale de l'Ouest !




Ils étaient beaucoup, de quoi faire faire une autre mosaïque d'éclats de rêves brisés, très prochainement. Mon Maître leur adressa un salut du poing triomphant, mais du coin de l’œil nous nous entendions sur le duo de pipeau que nous allions gringotter. Il leur servit son plat surgelé habituel sur un plateau chryséléphantin. Le charabia habituel, comme quoi il était honoré que de si braves jeunes gens veuillent se joindre à lui pour combattre le crime, mais qu'ils n'avaient pas conscience du danger auquel il devait faire face quotidiennement- bla, bla, bla. -Mais qu'eux aussi étaient les plus grands des héros en effectuant leur devoir civique- bla, bla bla... A force ça ne me réjouissait même plus d'entendre la troupe de soupirants se faire rembarrer, c'était simplement pénible. Non mais qu'est-ce qu'ils croyaient ?




Et puis, venant télescoper le galimatias soigné du Maître désireux de ne froisser personne, une voix plus amère que les autres vint s'élever parmis les « Oh... » de désillusion.




>Et pourquoi elle peut recevoir vos enseignements, elle ?








Même moi elle m'arracha la gueule celle là. Mon for intérieur rejoignit sans le vouloir les quelques « C'est vrai ça » de l'assemblée. Ce genre de remarque n'était jamais arrivée auparavant, car lorsque mon Sensei réconfortait les bébés, j'étais normalement dans le château d'eau à passer le balais au rythme des trémolos de déception. Par ailleurs, je n'avais même jamais réfléchi à pourquoi moi et pas quelqu'un d'autre. Oh si, certainement la première heure suivant notre rencontre, en revanche tout questionnement avait été balayé par la joie et le début de mon entraînement. Mais on s'en foutais de surcroît ! J'avais été choisi et pas les autres. Il manquait pas de toupet celui-là !




C't'une excellente question môn garçon ! Haiko est mon élève passqu'ell'a prouvé pluzieur' fois qu'l'avait c'qui fallait pour êt' un rempart cont' les facettes les p'us sournoiz' du mal !




En entendant ça, je fus naturellement allègre certes, mais toutefois confuse. Je ne voyais décemment pas à quoi Maître Hoù pouvait faire référence, et ça me troublait. Mais la fierté dans sa voix éraillée fut le point décisif sur la prise de position de mes émotions. Aussi sentis-je la joie couler à gros jets dans de ma tête à mes joues. Voulant toutefois faire bonne figure et achever le pignouf, je passais en mode développeur. J'endiguais la menace des frémissements de joie en la confinant à mes oreilles. Je passais au peigne fin chaque micro-expressions de mon visage pour paraître la plus neutre possible. Immobilisation du regard. Choquage des pommettes. Empannage des lèvres. Bordage des sourcils. Légère montée du risorius au niveau des commissures pour simuler le sourire calme et reconnaissant. J'étais la capitaine de mes mimiques, et mon vaisseau arborait sans honte le pavillon blanc. A cet instant, il devait mourir de rage.




>Très bien Monsieur, j'entends. Mais comment pouvez vous savoir qu'aucun d'entre nous n'est fait de ce bois là aussi ? N'est-ce pas un peu désobligeant de juger notre volonté au premier regard ?

Décidément, il voulait vraiment me courir sur le derch' lui!





C'vrai, z'avez bin l'droit à une explication plus âmple.

Quoi ?





'Coutez. Des vies sont en jeu, j'peux pas traînailler. Allez dans mon Dojo, affrontez mon Haiko, vous comp'endrez par v'même.




QUOI?!




>Parce que vous pensez que la gamine va pouvoir tous nous battre ?


>C'est n'imp' !


>Avec tout le respect qui nous incombe, vous nous prenez pour des amateurs, Senseï ?


>On va quand même pas tapper une fillette !




Non seulement z'allez cogner la gamine, mais s'y'en à un qu'la mets au tapis il aura sa place.




Je vais pleurer ?




Les chiens battus commençaient à remuer la queue avec un feu sacré recouvré sur les cendres de ma stabilité mentale. Voilà qu'ils jappaient d'engouement. Pourquoi le Maître me faisait ça ? Pourquoi il s'engageait à recruter pour la première fois depuis moi un nouvel élève ? Quoiqu'il en fut, difficile était pour moi de maintenir les morceaux du masque de sérénité qui couvrais mes joues échaudées.




Haiko, Mont' préparer l'dojo. 'Ttendez là. Elle viendra vous chercher. Qu'les combats s'fassent dans l'respect mutuel.




Les toutous aboyèrent. Je serais restée là, figée comme une conne si mon professeur ne m'avait pas tirée doucement par un pan de mon blouson.




Sois pas trop dure 'vec eux, 'doivent comprend' qu'les intentions suffisent pas. Fais moi honneur.




Son murmure réchauffa avec succès ma machinerie.



Oui, Maître !




Il partit en saluant chacun des candidats d'une tape à l'épaule. Il signa même un kimono avec un Veleda tendu. Puis, une fois rentré dans la cour intérieur dans laquelle se dressait notre maison de fonte, Hoù Sennin grimpa dans sa petite camionnette rouge usée estampillée « JUSTICE », et il fila vers la sortie de la ville, porté par les ovations. Acclamations qui s’arrêtèrent une fois la rumeur du moteur perdue dans le lointain de la route. Je n'eus pour ma part que ribambelle de regards noirs et/ou déterminés. Ok, ma grande, montre pas que t'es intimidée. Le Maître à confiance, tu vas les pulvér'.




T-Très bien. Le Dojo n'est pas bien grand et vous êtes nombreux. Ceux qui ont le vertige déjà c'est pas la peine, la seule entrée c'est par cette échelle. Dis-je du ton le plus impressionnant que je puisse en tapotant la rampe rouillée qui grinça pour m'appuyer.




>On le sait, tu crois quoi ?




C'est pas gagné.




Ok. Attendez là.




Je gravis sans plus attendre les échelons, ignorant les petits rires moqueurs et les discussions concernant qui aurait la chance de passer en premier et donc d'être instantanément prit. Sans surprise, je retrouvais notre nid composé d'une kyrielle de brindilles d'aluminium humide. Fallait ranger ça et fissa. Pour la crédibilité du dojo et pour pas qu'on ait une carotide sectionnée contre de la Ichiban. J'allumais l'unique néon de Schrödinger et entamait le ménage express. Ce qui avait de bon à vivre en minimalistes, c'est qu'une fois la tonne de canettes de bières et les futons balancés par la « fenêtre », on découvrait très vite les tatamis gris troués qui reposaient dessous. J'enfilais mon Gi d'entraînement à la va-vite, tout en mettant en valeur le seul vrai meuble de la pièce, l'autel de l'école du Hoù-Ken. Un petit guéridon en bois de glycine blanc qui ne payait pas de mine, mais sur lequel reposait une photo de Kame Sennin, un encensoir en fonte et surtout au-dessus desquels se trouvait le mantra de cet art martial :




«猿もから落ちる» « Même les singes tombent des arbres », Surmonté du lotus pourpre, cher au maître des lieux. Tout ça peint à même le mur de nickel à la peinture écaillée. En le regardant j'eus un rictus léger. En le regardant comme ça, y'a quand même mieux comme aphorisme pour une école d'art martial. Ahah.




Une fois prête, je pris une grande inspiration. Mon Maître pense que je peux le faire. Au moins, c'est mieux que d'aller aider les pestiférés... J'imagine ? Une tripotée d'interrogations m'assaillirent à nouveau. Mais le désir de faire mes preuves pris le pas sur le reste. Il avait confiance en moi. En bas, ce n'étaient que des petits rigolos, du menu fretin infoutus de prendre au sérieux une fille. J'ai appris un tas de trucs. J'étais forte. Ça allait le faire.




Hey ! Les premiers prétentieux peuvent grimper !

Laisser transparaître le manque de respect que je leur tenais était une façon pour moi de me galvaniser, ou au moins de me faire tenir le rôle. Mais lorsqu'ils furent à bord de notre cocon personnel et qu'ils le salirent de leurs observations railleuses, mon courage se fit la malle au Bahamas.





Pas plus pour l'instant, on va déjà avoir du mal à tenir à douze là-dedans ! Dis-je le ton dénué de la moindre goutte d'autorité.




Ils rentrèrent tous nonobstant, et l'air d'une aussi petite salle sapé par une vingtaine de personne se fit suffoquant.




>Et ben, la vie de reclus c'est pas confortable ! 


>Tais toi, c'est le Dojo de l'Eclair Cramoisi! L'austérité fait partie des voies qui mènent à l'absolution. On t'as rien appris dans ton dojo ?


>Ouais bah absolution ou pas, c'est quand même crade.


>Ahahahah faut le reconnaître !


>Hey le gobelin, il à quoi ton œil ?




C'était pas facile, mais je devais rester décente malgré tout.




S'il vous plaît... Votre attention ! On va procéder selon les règles d'un tournoi standar-




Des rires me coupèrent.




>Cherche pas on à déjà joué au Janken nos tours de passages. C'est moi ton premier adversaire « 'Ai ».




Un ring humain se forma contre les pourtours de la bicoque sphérique. Mon interlocuteur était un jeune homme à peine rentré dans la vingtaine. Il aurait eu une tête assez oubliable si elle avait pas été minée par une constellation de boutons purulents. Il se mit en garde, goguenard, prenant la pose d'un coup sec faisant frémir les plis de son kimono safran.




Je me mis également en garde. Génuflexion partielle, jambes contractées et correctement espacées. Ma main droite saluant le ciel, l'autre embrassant la torsion propre aux poignes d'un primate.




Spoiler:
 



>T'es prête, « 'Ai » ? »




Il voulait moquer mon prénom, qu'il le fasse, vu sa taille il allait certainement me rétamer, mais je partirais pas sans dresser un peu sa langue à lui.




O-oui. 




>ALLEZ-Y !







Mon opposant initia le combat en creusant de la distance entre nous. Il voulait jauger mon comportement et, au vu de ses grandes pattes, me garder à distance pour me finir sans se fatiguer. Ma réaction fut de prendre du recul également, mais les cordes du ring m'invitèrent à coup de bousculade à être plus entreprenante. En y repensant, ils avaient tous l'air très forts. Pourquoi j'avais été choisie moi et pas des gars comme eux ?




Calculette-man me fit une grimace et me provoqua d'une flexion de la main. Il voulait que j'approche ? Soit. Tant pis je meurs, quitte à perdre autant ne pas entacher l'honneur du Maître. Je couru droit sur lui. Il tenta de répliquer par un coup de pied pénétrant, prévisible, sans rien derrière. Il me prenait pour une cruche ou quoi ? Courbant ma lancée via ma hanche, je sautais la tête la première vers le sol, en me réceptionnant d'une main, le reste de mes membres piquant à la manière de fusées en direction de son menton. 




Spoiler:
 



Ça ne manqua pas. De surprise ou de douleur, peu m'importait car tandis que je me relevais, toujours en garde, lui s'écroulait. Me délectant des souffles consternés par la rapidité de la rixe, j'enfonçais le clou en le raillant d'une courbette de respect.




Debout ! T'as encore deux rounds à tenir ! Dis-je moitié triomphante, moitié perturbée par mon regain soudain de confiance.




Ça allait le faire. Non. Ça allait chier. Liquide. Ils étaient bel et bien du menu fretin. L'entraînement payait et j'en explosais intérieurement.




Essuyant sa lèvre sanguinolente, probablement fendue pendant le choc par l'une de ses propres dents irrégulières il décida d'adopter un comportement plus adéquat. Le combat repris. Mue par ma détermination, je bondis sur lui à nouveau, tentant une deuxième « porte du ciel ». Néanmoins ma technique fut interrompue aussitôt, le boutonneux me saisissant par le pied comme un sac à patate et me jetant violemment contre le tatami de la même façon. J'en eus le souffle coupé. Et les rires de contentement n'aidèrent pas.




Rassuré de reprendre le dessus, il revêtit son air de coq, pointant du doigt quelque chose situé par-delà mon épaule. Nul besoin de me retourner, j'avais compris.

>Tu devrais suivre les conseils du mantra, petite 'Ai ! Même les singes tombent de l'arbre! Papa et Maman ne t'en voudrons pas quand tu reviendras en chouinant !



Je peux vraiment pas te donner tort !




Sur ses mots je filait tout droit sur lui à nouveau, et après quelques pas de jauge échangés, je fis semblant de perdre l'équilibre et de tomber à la renverse. Quand j'entendis sa réplique musculaire, annoncée par le bruissement de sa tenue ample, je me retournais violemment d'un coup de genou, contemplant mon fameux mantra tout sourire. Le pauvre du goûter une nouvelle fois à la saveur suave de mes chaussettes, cette fois accompagnée d'un assortiments de frappes dans les testicules, faute de pouvoir frapper plus haut.




Il mis cette fois-ci plusieurs secondes à se relever et récupérer sa précieuse respiration. De mon côté les remarques soulignant mon coup « déloyal » furent accueillies d'un gloussement. Je portais à nouveau un coup d'oeil à l'inscription au mur. Le style du Hoù-Ken reposait effectivement sur l'imitation du singe. Le singe lui, ne connaît pas le fair-play. Il frappe, il mord où ça lui chante, il n'hésite pas une seule seconde à aveugler sa cible d'une volée d'excréments si ça lui apporte l'ascendant. Et si le mantra de mon Maître reprenait un vieux diction populaire japonais à la morale convenue, il y avait apporté une nuance visible seulement des connaisseurs de la langue.




猿もから落ちる était en principe écrit ainsi 猿も木から落ちる. L'idéogramme du bois «» représentant un arbre avait été remplacé par «  »celui de la forêt. De surcroît la phrase, selon sa disposition, avait un autre sens de lecture. Si elle se lisait désormais comme « Les singes aussi tombent de la forêt », elle pouvait cependant se lire également « Les singes peuvent aussi faire tomber une forêt ». Non, il n'y à pas meilleur aphorisme pour un dojo ! Moi aussi, je peux faire tomber une forêt. En l’occurrence une forêt d'arbres à feuilles bien grasses. Faudrait surveiller votre hygiène les gars, vous allez pas serrer en hébergeant les réserves d'huiles de palmes de Nutella dans vos cheveux !




Ben alors ? Je croyais que c'était normal de tomber de l'arbre !








>Ta gueule !








Les pauvres. Je m'en rendais compte maintenant. Ça commençait à suer sec dans les spectateurs. Ils savaient pas ce qui les attendaient. Calculette-man revint à la charge. Cette fois il n'eut cure d'attendre le salut de départ et c'est lui qui me fonça dessus. La rage lui fit envoyer un coup brutal mais stupide. Il était complètement lisible. A la manière du singe, je vint chercher ma branche tendue pour m'y agripper bien solidement. Je pivotais dare-dare de tout mon poids de sorte à me retrouver la tête à l'envers. Son corps contraint de suivre le mouvement induit par son rouage cubital, fit une sorte de pirouette désarticulée qui s'arrêta subitement au sol. Il arrive parfois qu'un Cynocéphale soit trop lourd pour les plaqueminiers, dans ce cas la branche casse ! Et les kakis sanglants tombent avec ! Et vlan ! Dans les gencives !








Il ne s'en releva pas. Dommage, mon droit à la standing ovation fut encore oublié. Le prochain fut celui qui avait remis en question ma légitimité. Contrairement à beaucoup d'autres qui s'étaient calmés, il affichait une mine colérique. Au moins il n'était pas moqueur !




Allez mon mignon ! Ca va aller t'en fais pas !




>Fais pas la maligne, tu vaux rien ! Dodonpa !




Un faisceau foudroyant jaillit de ses deux doigts rigides. Le rayon aurait été dirigé vers ma tête que je n'aurais pas réagi. C'était trop inattendu. Trop impressionnant. Par chance, la stupéfaction avait interféré avec la qualité de ma garde et le trait de lumière n'avait fait que me frôler. Grillant au passage une grande portion du tissu recouvrant mon flanc droit et faisant roussir un peu ma chair. Sans même m'avoir touché. Quelle puissance. Je n'étais pas prête. J'aurais dû reconnaître le Gi tricolore. Ce type venait tout droit de l'école de la Grue ! Misère, j'ai aucune chance contre lui ! Mais qu'est-ce qu'il à cru le Maître ? Je viens à peine de manifester mon ki aujourd'hui même, j'suis vannée moi !








Alors que j'écarquillais bêtement les yeux, lui ne prit pas la peine de m'attendre. Il sauta dans ma direction en levant haut les genoux, pour abattre instantanément le plat de sa main contre mon crâne. Moult étaient les jubilations et de mon côté, me relever me paru être une épreuve en soi. Le deuxième round allait enchaîner et tout ce que je trouvais à faire était de creuser tout ce que j'avais en mémoire pour vaincre un adversaire qui faisait usage du Ki. J'étais bien dans la merde. Et dans la peur. Jusqu'au cou.
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MessageSujet: Re: 22   22 ClockSam 30 Jan 2021 - 13:49
22 Master_Shen

Dans le spectre de la métaphore sylvestre filée, au singe ni à la forêt je n'étais comparable. Fort heureusement je n'en étais pas totalement exclue, car avec pareils tressaillements des jambes, je faisais une jolie feuille morte. Que le vent d’enthousiasme alentour faisait frémir encore et encore. En parlant de vent d'ailleurs, le petit courant qui vint me mordiller la nuque m'indiqua que son rayon de la mort jaune avait du perforer la taule. Quel monstre. Le troisième fluide aérien qui concluait ma déconfiture était celui qui quittait avec peine mes poumons. J'avais tout bonnement peur. J'étais effrayée. Tétanisée. Tant et si bien que je n'avais cure de ce qui se passait autour de moi ou des enjeux. Tout ce qui m'importait c'était le flash qui avait laissé mes pupilles rondes comme des billes. C'était la morsure du froid agressant mon cou. C'était la sueur froide qui perlait désagréablement sur ma colonne vertébrale. Dans ma nuque. Sur mes sourcils. C'était l'unique fenêtre de la pièce qui laissait pourfendre mon œil par l'unique lance solaire qui passait au travers.


>On à un combat à finir. Prépares-toi.


Ah. Oui c'est vrai, je n'étais pas dans une prison sensorielle pour rien. La cause de mes micro-malheurs faisait les cents pas, veillant précautionneusement à toujours me faire face. Son interjection avait peint une couche de plus de peur liquide sur ma toile psychique, mais avait eu le mérite de me réveiller. Un « En garde ! » dénué de conviction fut prononcé par quelqu'un d'autre à travers mes propres lèvres.


Oh misère ma grande il se remet en garde. C'est quoi ces bras même ? Il est humain même ? Et puis ces épaules nom de dieu. Il va m'écraser. Mais... C'est quoi ce sourcil là ? Haiko, ma grande t'es vraiment entrain de trembler devant la grande muraille laineuse de Chine ? Mon dieu mais quelle abomination !




Parfois il suffit d'un rien. Dans le cas présent, déceler ce mono-sourcil grotesque chez le titan chamarré me rappela à mes esprits. J'en conclus même avec moi-même que je ne pouvais quand même pas perdre contre un type habillé en vert, jaune ET rouge sur un même habit. Et zou, retour en force de l'aplomb ! Il n'était pas le seul à maîtriser son ki ! Quand bien même c'était récent, je l'avais fait une fois, alors pourquoi pas deux ? Ce round-ci eut un départ tendu. Nous nous cherchions. Aucun n'engageait. Lui certain de me tenir à distance avec sa technique, moi puisant dans toutes mes ressources afin de reproduire le miracle précédent. Convaincue d'emprunter l'état méditatif requis pour faire s'abattre ma foudre, j'allais à la rencontre de Mono-sourcil-boy d'un pas rythmé et assuré. En face, l'état-major choisit le statut-quo, dans l'attente d'une ouverture. Je continuais alors, prête à sauter pour esquiver cette fois son Dodonpa. Soudain, je fis une pointe, apparemment tête baissée.


22 QxfWCa


Je le sentais. J'étais enivrée par la même sensation de puissance ressentie après coup. J'allais le fumer, en un coup. La foudre allait jaillir de nul part et le carboniser sur place sans qu'il ne puisse esquiver, j'allais m'en assurer. Sa riposte fut, comme prévu, la plus aisée. La proximité lui fit reconsidérer l'emploi de son kikoha. Il opta donc pour kick latéral, histoire de me balayer net et m'envoyer valser dans ses potes. Erreur. Je suis un singe. Posture de Catoblépas ou pas, je me défendais en me renversant comme une toupie, esquivant sa jambe et m'agrippant d'emblée à celle-ci. Pas le temps, j'avais un arbre à gravir ! De sa jambe en mouvement je passais à son buste d'un soubresaut, assénant au passage un coup de coude à son genou. Logiquement il essaierait de parer mon assaut soit en me dégageant d'un gnon, soit en me clouant au sol. Dans les deux cas, ranàfout', je prends appui sur son torse et j'effectue une seconde pirouette pour emporter son menton avec mon talon.



Et c'est là en plein-air que je m'époumonais pour ponctuer la symphonie constituée de souffles et de rouées d'un Kiai.


SHAAAAAW !

Spoiler:
 



Le cri de libération spirituel demeurait le procédé le plus courant pour libérer son Ki. Hélas, point d'étincelle vermillon pour signer ma victoire. Par contre un moment d'hésitation gênant de mon côté. Mon adversaire ne laissa pas un ange passer, ne cherchant pas à comprendre, il me ceintura d'un bras contre mon torse et de l'autre bras il me présenta deux doigts pointés vers mon front. Par chance, ou par simple respect de la gravité, le sac honteux qui me servait de corps dégringola au sol avant que le tir ne partit. Cette fois, ça avait été près de mon visage. Trop près. Le Dodonpa n'était pas juste chaud, c'était une fournaise épouvantable. Si je me l'étais pris je serais cânée et sèche comme une chips. C'est autorisé un truc pareil dans un combat amical ? Ma chute fut contrôlée mais mon deuxième rendez-vous avec le laser m'avait remise dans le coaltar. Abasourdie, je regardais à ma droite. Les disciples eux criaient de joie. Certains me montraient. Je devais avoir l'air d'une sacrée attardée.


>C'est quoi le souci avec ton œil ? On t'a giclé dedans ou quoi ?


>Finis-la Shio !


Lever le chef aurait été inutile. Le coup de panard j'allais me le manger de toute façon. Ouch ! Il y va pas à moitié le chacal... Je fus sonnée pendant une bonne dizaine de secondes. Presque assez pour que je sois déclarée hors-combat. Ce qui me releva, ce n'était pas la voix inspirante de mon maître par le biais d'une analepse bien placée. Non, c'était plutôt le goût ferreux du sang dans ma bouche. Les beuglements jouasses en fond. La vue peu ragoutante d'un pied tout plein de corne juste à quelques centimètres de mes yeux. Cette vision appuya plus que jamais mon envie d'abandonner. Peut-être avais-je parlé un peu vite car, subissant ce spectacle à des années-lumières de toute notion d'hygiène, une phrase me vint en tête. Les cours dispensés par mon Maître étaient accompagnés de dictons de son cru. Expression bien heureuse ici, car elles prenaient bien souvent racine dans sa passion irraisonnée de l'alcool.


« Quoiqu'y's'pass', 'faut boire ton vin jusqu'à la lie »


Il faut boire son vin jusqu'à la lie. Si j'abandonne je laisse ce crasseux gagner c'est pas possible ça. Une jambe, puis l'autre. Un souffle pour se rappeler de toutes les terminaisons nerveuses endolories et les «évacuer ». Mon envie de le savater par-dessous tant qu'il s'y attendait pas fut immense. Mais la jouer à l'irrégulière à fond me ferait pas prendre la tangente, j'en étais convaincue. Ils attendaient que ça. Je regagnais mon coin du tatami et me mettais en posture. Cette note m'avait échappée antérieurement, mais la pièce était désormais inondée par une senteur tropicale. C'était ça de parquer une troupe de garçons dans la fleur de l'âge dans un même endroit. Je réprimais un haut-le-cœur. Bon. Fallait y'aller. J'avais été incapable d'utiliser mon énergie spirituelle. Pas le temps pour la honte. Je n'en veux même pas au Maître. Il faut boire son vin jusqu'à la lie. L'engagement fut prononcé. Mes tentatives d'assauts furent avortées par la peur. Mono-sourcil-boy semblait avoir compris mon effroi et s'amusait à darder des doigts quand j'approchais trop prêt. Ses simulations s'avéraient toutefois diablement efficace car je reculais à chaque fois d'un bond, comme un chien battu.


Il m'énervais vraiment avec ses airs supérieurs. En même temps plus qu'un round et il gagnait, y'avait de quoi. Mais il faut boire son vin jusqu'à la lie. Ma résignation remplaça ma frustration. Et avec, je récupérais un peu de ma précieuse attention. A chaque fois que je me présentais, il jouait des doigts pour me faire peur. Ça puait l'saint nectaire cette histoire. Et pour deux raisons.



->La première était d'une évidence flagrante. Pourquoi faisait-t-il semblant d'attaquer avec son laser de la mort-qui-tue au lieu de simplement me finir en un coup ?


->La seconde était plus anodine en substance mais fit germer un plan de sortie. A chaque fois qu'il bluffait il y avait des respirations retenues dans les « gradins ». Comme si ils étaient estomaqués à chaque fois.


J'en déduisait petit 1 que le ki était comme toutes les autres énergies, limitées. Ergo qu'il ne pouvait pas se permettre de balancer des traits comme il voulait. Le disciple de l'école de la Grue souhaitait être certain de pouvoir me toucher. Pas de chance il m'avait ratée deux fois. Petit 2, les autres sont largement plus faibles que le Titan Velu. Si je le fais tomber en beauté, le moral moyen va se péter la gueule sévère. Mue par ma nouvelle tactique, j'allais et venait à sa rencontre comme un moustique harcèle en revenant toujours à la charge du côté de l'oreille du dormeur. Pas de côtés, bonds, saltos ; je me déhanchais de tout mon saoul pour temporiser le combat et le forcer à être plus entreprenant.


Shio succomba à l'agacement et devint tout à coup une machine à mandales. Nous sautions l'un à la poursuite de l'autre, inversant régulièrement les rôles de chasseur/chassé. Pour mon plus grand plaisir, il délaissa les feintes de Dodonpa et n'en lança d'ailleurs aucun. Il fallait le forcer à rester au contact. Et surtout me faire plus grande que je le suis, pour le décrédibiliser.


Alors il est où ton beau rayon ?!


>T'inquiètes pas il arrive !


Gloups. Il faut boire son vin jusqu'à la lie. Mon envie de ridicule fut plus grande que la peur. Il plongea le bras en avant, adoptant le signe avant-coureur de son geste infernal. A cet instant, je me laissais choir sur le dos pour me relever aussitôt en balayant mes jambes sur le côté brutalement. Je saisis son bras et lui fit une clé pour le rabattre hors de ma portée. Avec mon autre bras je lui assénais un coup de coude dans la glotte et le rabattais aussitôt pour cacher nos bras emmêlés. Quand je sentis qu'il allait tout de même hurler son Kiai, je criais par-dessus si fort que mes tympans faillirent s'en décoller.


>Dodon- !


DODONPA !


De l'extérieur, à cause de mon bras dissimulant le cœur de l'action, la scène devait sembler invraisemblable. Désormais, il me fallait maquiller les preuves. D'un déséquilibre balancier de la hanche mixé d'un fauchage de la jambe, j'envoyais Mono-sourcil-boy au tapis, le délivrant de mon emprise. Pendant ce temps, j'affichais moi-même les deux doigts tendus en direction du rayon partit plus tôt.


Parce que tu crois que tu es le seul à maîtriser une capacité aussi basique que le Dodonpa ?


Ma grande t'es la pire des menteuses. Mais mon coup de poker fut fructueux au regard des glapissement de consternation et d'étonnement que je pouvais entendre autour de moi.


>De quoi ?


Avant qu'il ne put réaliser l'ampleur de mon mytho et révéler le pot aux roses, je lui fusais dessus, espérant de tout mon cœur qu'il avait épuisé toutes ses ressources. Tant pis et nique !




« Techniques personnelles de Haiko : Numéro 1 : L'attrape-nigaud »


Son buste me servit de trampoline pour m'élancer plus haut encore. Arrivée à hauteur de son visage, j'effectuais un salto en avant, laissant mes mains pendre dans le but précis d'attraper ses cheveux gras. Je retombais en cabriole derrière lui, l'entraînant avec moi dans ma voltige par le scalp. Et vlan ! D'une moue victorieuse, je brandissais une partie de la touffe huileuse que j'avais emportée avec moi. L'atmosphère était consternée. Personne n'y croyait. Ce n'était pas fini. Il me fallait achever le moral. Leur champion était tombé, mais il pouvait se relever. A un endroit du plancher que je savais fragile, je m'abattis comme une bombe à l'aide d'une dérobade. Un bruit sourd de métal perforé accompagna un affaissement général des tatamis centraux. Impressionnes les, trouves un truc !


PIED FULGURANT DE LA MORT !


T'aurais pu trouver mieux quand même, tu crois pas ? Ils allaient jamais y croire ! Ou pas. J'étais la cible de regards apeurés. Vraisemblablement la tendance était à la réalisation de pourquoi Hoù Sennin m'avait choisie. Même Shio me dévisageait, lorgnant tantôt vers moi tantôt vers le trou que j'avais causé. Je crois pouvoir dire que même mon appropriation de technique éhonté devait lui paraître vrai, sonné comme il l'était.


J'ai accepté de jouer avec vous parce qu'Hoù Sennin vous à fait l'honneur de sa considération. Je me suis abaissée à votre niveau. Je n'ai plus de temps de m'amuser. Si personne n'est capable de faire mieux que ça, je vais vous envoyer au tapis tous. Un par un. Avant de vouloir défendre la veuve et l'orphelin, il faut être capable de se défendre soi-même.



Y'avait rien qui m'arrachait la gueule. Ils partirent respectueusement et gênés par l'échelle. Je récupérais mon air calme et imperturbable mais en réalité, à chaque utilisation de l'échelle le grincement de toute la structure endommagée par mon artifice me faisait suer à grandes gouttes. J'avais gagné, mais je savais ma victoire pas méritée pour un sou. Je redoutais le retour de Maître Hoù pour cette raison. Dieu merci il n'avait pas été là pour voir ça. Au moins, j'avais bu mon vin jusqu'à la lie, ça m'aura épargné une remontrance.  
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MessageSujet: Re: 22   22 ClockDim 31 Jan 2021 - 1:50
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17:40
20° - Satan-City




Une grosse heure s'était écoulée depuis la conclusion du petit tournoi improvisé. J'avais dû panser mes plaies ou plutôt faute de mieux, je m'étais scotchée un tranche de porc contre mon flanc roussi. Et comme je m'ingéniais, dans la mesure du possible, à combler le trou que j'avais creusé dans la tôle pour m'en sortir, je dû me couvrir d'un surplus de mercurochrome. Certes, devoir sécher au sèche-cheveux les futons jetés par la fenêtre n'était pas une sinécure. Mais quand je compris que je n'étais pas obligée de remonter toutes les canettes vides, aucune des corvées précédentes n'aurait pu ébranler ma béatitude. Vingt minutes après la session ménage, tout le voisinage pouvait entendre notre théière capricieuse siffler. Me reposer sur le toit du dojo avec un bon Oolong bien chaud faisait partie des petits plaisirs que je m'accordais quand le Maître n'était pas là.


Mince, j'ai pété un de mes écouteurs contre le gros con.


Veiller sur le ciel qui s'empourpre indolemment était une jolie façon de clore une journée. Toutes les épreuves franchies paraissaient déjà bien lointaines et les victoires infiniment plus splendides. Seulement ce jour-là le crépuscule ardent m’apparus bien monotone. Davantage que ma victoire modérément savoureuse, c'était la raison de ma place aux côté du Maître qui me taraudait. C'est sûr que j'avais progressé à une vitesse qui même pour une néophyte comme moi apparaissait comme prodigieuse. D'autant plus quand c'était Maître Hoù rarement porté dans les congratulations qui le disait. Mais à l'origine, pourquoi ma candidature avait été acceptée plutôt que quelqu'un comme Shio ? Les vingts autres minutes qui suivirent ne furent pas porteuses d'éléments de réponses. De ce fait, dès lors que carillonna la pétarade du pot de la Justice-mobile, tous mes efforts furent déployés pour arborer mon sourire Colgate habituel. Mais quand je le rejoignis je vis qu'il s'efforçait lui aussi de faire bonne figure. Je n'étais pas la seule à avoir eu un après-midi éprouvant. D'un regard d'entente tacite, nous décidions de profiter un peu du faux silence de la camionnette.


Une fois arrivés à la gare, j'allais chercher nos billets pendant que Maître Hoù cherchais une place de parking.


>  Le dernier train pour Twilight Town – Plage de 18h30 est arrivé à quai ! Les passages sont invités à se présenter devant le contrôleur ! 


Une fois dans la cabine, nous somnolions contre un sac à dos chargé qu'il avait posé contre la banquette. Les paysages défilaient avec saccade. Villages, champs, forêts. Ils avaient tous un je-ne-sais-quoi de mélancolie quand baignés dans la douce lumière orangée du soleil mourant. Comme s'ils étaient emprunts de la nostalgie d'un passé que je n'avais pourtant jamais connu. J'adorais vraiment cette partie de la région, le fait que les crépuscules durent inexplicablement plusieurs heures relevait de la féerie. Tout naturellement, mise à l'aise par le trajet paisible j'entamais la bavette avec Hoù Senseï :


Comment ça c'est passé Maître ?


Correc'ment. On va d'voir s'serrer l'ceinturon les prochains mois, mais à part ça tout baign' ! Dit-il en gardant les yeux clos.


Je n'avais pas idée de la somme qu'il leur avait cédé, mais pour une fois peu m'importait. Il avait vraiment l'air serein.


On va assurer. Comme d'hab ! Dis-je en roulant les yeux vers le ciel en riant doucement.


Toi ?


-Sûrement pas aussi bien que vous l'aviez imaginé, -mais aucun prétendant pour nous casser les pieds, alors j'ai fait le job !


T'pas l'air convaincue mon garçon.


Bah... C'est qu'ils avaient tous l'air forts... Plus forts que moi en tout cas et je...


J'comprends rieng, c'est eux ou toi qu'est là pour en parler ?


Moi. Mais c'est parce que j'ai eu de la chance ! C'est votre affiliation qui m'a fait paraître plus grande que je ne l'étais et j'en ai profité pour les effrayer ! Mais c'était n'importe quoi, en terme de puissance ils étaient tous plus à même que moi de-


Tchakatchakatchakatchakatchaka- Vouichhhhhhhhhhh. Tchak. Tchak. Tchak.


> Terminus ! Twilight Town – Plage, tout le monde descend ! 







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'N'en parl' pu' tard. Viens. N'a dix minutes d'marche avant d'y être.


C'était comme dans un conte de fée, mais destiné à un public grabataire rêvant d'une retraite balnéaire au soleil mais sans touristes. Les maisons aux murs immaculées toutes rangées parfaitement avaient des airs de maisons de poupées. Cet endroit avec quelque chose de fainéant. Une sorte de molécule inconnue dans l'air qui invitait quiconque la respirait à se poser, et profiter de la paix du lieu. C'est notamment pour cette raison que nous n'interférions pas avec cette paix en restant muets. Avec Hoù Sennin, même les grands moments sans parler étaient agréables. Avec Hoù Sennin, même les grands moments sans parler étaient agréables. Il n'y avait aucun malaise. C'était simplement rassérénant de partager un quotidien aussi physique, car discuter ne devenait plus une nécessité pour combler un vide, mais un privilège des moments sans souffrances musculaires. Et après une dizaine de minute à déambuler en contemplant des allées aux relents de paradis, nous arrivions sur le littoral.


Spoiler:
 

Un paysage interdit aux mortels. C'était ce qui se présentait sous nos yeux. Seul Ulysse avant nous devait avoir eu la chance de contempler pareils rivages chez Calypso. Une plage de sable blanc déserte. Un astre rougeoyant dansant au grès d'une mer si tranquille qu'on aurait dit de l'huile. Des récifs de calcaire éburnéens surmontés de petits crabes qui soufflaient pour leur propre plaisir des petites bulles de cavitation irisées.


Spoiler:
 

Alors que nous nous installions, l'ermite puisa dans son grand sac un nécessaire pour un repas improvisé.


T'sais pourquoi on est là ?


Pour se reposer ?


Presqu'. Pour s'entraîner ! Beugla-t-il en toussant pour réprimer son sourire.


Ah bah oui tiens ! C'est vrai que la corollaire d'une journée saturée d'efforts physiques, c'est encore plus d'entraînements ! Répondis-je en me plantant devant lui.


Ca m'avait échappé. Je n'eus le temps de tourner ma litanie d'excuses que mon professeur rétorqua en arquant ce qui lui restait de sourcils :


Tu contest' mes ord' maint'nant ? Héhé. Allez va m'chercher du bois flotté, on pourra pas manger sinon !


Tout d'suite !


Le repas fut constitué de marshmallow bons marchés, de la tranche de porc qui m'avait servie de pansement et d'un assortiments de fruits de saison. Il s'agissait toutefois sans aucun doute d'un des meilleurs repas de ma vie. Nous entamions notre digestion, avachis sur le dos, observant les étoiles à travers les bulles produites par les crustacés. Consciente de mettre à mal un moment privilégié, je ne pus m'empêcher de me frictionner les lèvres.


Je n'ai même pas réussi à utiliser mon Ki. C'était pathétique. Heureusement que vous étiez pas là.


Héhéhé !Haiko mon garçon, chaq'chose en son temps ! T'viens à peine d'apprend' à faire un éclair qu'tu veux d'jà m'fair l'ragnarok ! 'T'a fallu 'bien d'combats pour les faire fuir les p'tiots ?


Deux.


'Vache ! C't'encor' moins qu'j'avais prévu !


...


...


Maître ?


Ouep ?


Pourquoi moi ? Pourquoi m'avoir choisie moi et seulement moi ?


Il fit sa dégaine des moments pensifs. J'étais persuadée qu'il allait me pondre une raison improbable à la manière d'un vieux mentor cliché des manga. Qu'il avait vu en moi le bourgeon de l'arbre de la justice ou je sais pas encore quoi, mais ça allait pas me plaire. Ça n'allait pas être vrai.


T'as t'jours pas r'marquée ? N'est pareils. Toi et moi.



Le clocher renommé sonna dix coups. C'était vraiment une belle soirée.









Maître ! Au final vous m'avez toujours pas dit comment on faisait pour faire de l'eau misée!




C'vrai ! Bah en fait c't'très simp', tu vois tu dois la r'cupérer dans une sourc' thermale. 'Pis une fois qu'c'est bon t'dois l'mettre dans un seau. Ensuit' t'prends tes noisettes, et tu verses les seaux. 


Des seaux d'eau m... Boah Maître ! Vous vous foutez de moi ?!


Héhéhéhéhé ! T'as tout gobé !



Boahahahaha ! Maître !


C'était la deuxième fois que je l'entendais jurer devant moi. Deux premières fois en deux jours. Décidément, c'était vraiment un jour spécial. 


'Tite bière ?


'Tite bière !
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