Peut-être qu’après ces dialogues peut-être emmêlés les autres membres de la scène parvinrent à ressentir quelques vibrations dans l’air : le bruit d’un ronflement tellement robotique qu’il était complètement et indubitablement biologique. Une parfaite imitation de celui d’un être entièrement vivant ou tout simplement celui d’un être véritablement de chair et de sang ? On n’en savait que trop peu. La vérité était qu’il dormait tranquillement, tête posée entre ses deux bras et son chapeau sur l’arrière de son crâne rond et lisse, perpendiculaire à la table sur laquelle le Masque de Fer était avachi. Personne ne l’avait vu venir jusque là. Peut-être que l’on dira que les autres l’avaient vu en arrivant, tandis que les géants qui les tenaient en laisse tentaient de maintenir quelconque cohérence en ce lieu. Ou alors c’était l’honneur de leurs personnages qu’ils cherchaient à contenir, car ces derniers ne seraient supposément pas assez dupes pour ne pas voir l’amas noir accroché à la table pentagonale. Mais dans tous les cas, avant que tout cela ne recouvre leurs véritables expériences du moment, Quatre les verrait sous leur vrai jour, avant que les marionnettiste ne puisse mettre une once d’encre sur la page blanche à leurs yeux mais si colorée pour les lentilles de l’artiste. Il relevait lentement la tête, se réveillant enfin.

Il avait dormi ici là pendant les huits dernières heures. Personne n’avait pensé à venir l’empêcher de somnoler dans la salle de réunion, car la chance du visage de métal était omniprésente quant aux mouvements de ceux qui se démarquaient moins du lot. Des êtres pourvus d’âmes et de réflexions, mais sans grand guide qui pointerait du doigt à leur inconscient la route à suivre. Là où il faudrait aller. Ce que l’on détaillerait peut-être avec des dizaines de mots de réflexion ou plusieurs heures à crayonner une suite de mouvements. Mais pourquoi dormait-il donc ? Parce qu’il était quatre heures du matin, mes bons amis ! La date et l’heure n’avaient pas été précisées dans les didascalies de ses acolytes. Ainsi fut-il qu’il était tard. Celui qui souffrait du temps qui passait différemment des autres fut donc obligé de dormir pour se requinquer. Il avait travaillé dure, la journée passée. Que ce soit pour parvenir à découvrir ce que ces fameux fils signifiaient, ou bien pour annihiler gracieusement et délicatement quelques pauvres fous pour des clients au portefeuille rempli. Mais trêve de bavardage quand notre homme était finalement debout. Dans toutes sa splendeur, rayonnant de charisme, il venait d’attraper sa canne, lancée par ce qui semblait être un spectateur invisible.

”Messieurs ! Je tiens à vous accueillir dans la salle qui accueillera notre réunion. Mon excellente surveillance empêcha tout mauvais personnage de pénétrer en toute illégalité dans nos quartiers. Je tiens à me présenter : mon nom est Quatre. Beaucoup me disent meilleur assassin de la galaxie mais je préférais effacer mon nom de leurs classements. Ces derniers n’amènent qu’à une bête et ridicule compétition, m’amenant à défenestrer de nombreux imbéciles durant les heures où je souhaite simplement donner sa pâtée à mon chien. Considérez-moi donc comme artiste !”

La pièce était impeccable, propre, rayonnante même. Il avait certainement fait le ménage en préparation de cet évènement. Il n’y avait aucune trace de son avachissement sur la table. Il n’y avait même aucune trace de saleté sous ses chaussures. Fantastique, incroyable, magnifique danseur dont le pas ferait ravir n’importe quelle personne de goût… et bien plus ! Il était impossible de décrire son élégance alors qu’il s’avançait vers le chancellier devenu empereur avant de lui empoigner la main. Cette poignée pourrait garantir un emploi pour le plus pathétique des cancres lors du plus minable des entretiens d’embauche.

”Il m’était difficile d’imaginer avoir une rencontre en tête à tête avec le sénat lui-même. Empereur Sheev Palpatine, votre réputation vous précède ! Homme de culture, sauveur de la république, puis son bourreau. Oh, vous êtes l’un de êtres les plus intelligents de cette galaxie. Il me tarde véritablement de travailler avec vous, mon cher Empereur.”

Il se tourna prestement vers le Beau Jack, son manteau noir le suivant de façon extrêmement dramatique. Ce fut comme si son ardeur venait de provoquer une bourrasque. Il était extrêmement classe, on ne pouvait se le cacher. Peut-être même un peu trop pour les coeurs des autres acteurs de la scène.

”Cher patron ! Il fait bon de vous revoir. J’osais espérer que vos confrontations comiques avec un hirsute au masque de citrouille ne vous ont pas découragé de cette réunion. Je n’aurais probablement pas la patience de devoir gérer cet odieux Tobi. Quel goujat manipulerait-il la réalité pour le plaisir de concevoir des sottises pareilles ? Tant de capacités et aucune clarté d’esprit pour l’accompagner… Si ce n’est pas malheureux ! Vous me voyez fort heureux d’observer que vous avez conservé votre santé mentale après une telle confrontation. Il me tarde d’entendre les discours que vous avez concocté. Mais… n’y a-t-il pas cinq chaises pour les six êtres exceptionnels que nous sommes dans ce nouvel ordre ? Enfin, je suppose que vous avez déjà un plan derrière la tête. Quant à vous… j’ose penser que vous êtes notre nouvelle recrue ?”

Il s’était retourné vers la jument de diamant.

”Je dois imaginer que votre composition vous empêchera de prendre une chaise. Je comprends donc tout de suite la réflexion de notre cher patron. Mais je comprends pourquoi vous avez, malgré votre physique atypique, une carrière dans les magouilles et l'espionnage. Personne ne pourra suspecter un étalon comme vous comme maître des opérations cachées ! Sans compter votre potentiel comme assassin... Utiliser votre ressemblance aux animaux des fermes et champs de bataille pour vous fondre dans la masse. Un plan machiavellique !... Comment donc ?”

La bête venait de hennir légèrement. Son oeil semblait observer une personne bien moins importante. Une sorte de dragonne anthropomorphe dont l’anatomie semblait être constituée de jambe. Quatre sembla quelque peu étonné. Il continua donc en toute simplicité la conversation avec le poney de diamant, pouvoir que peu de gens peuvent se targuer de posséder.

”Êtes-vous sûre ?... Mais elle ne fait pas du tout la part des choses… Un être comme ça, assez atypique pour qu’on la remarque dans la rue mais pas assez ridicule pour être vue comme inoffensive ?... Un assassin, ça ?... J’imagine que tout meurtre vulgaire et bourrin peut-être qualifié d’assassinat à présent… ”

Il prit un moment pour se frotter le front de sa paume.

”Et bien, j’imagine que toute façon de faire est bonne à prendre tant qu’elle apporte des résultats !...”

C’était une joie bien jaune qui l’habitait à présent. La frustration ne lui troublait pas la voix, mais le coeur n’était pas dans ses prochains dires. Il fit sortir quelques notes en papier d’une poche de son manteau, relisant rapidement la distribution des rôles.

”Bieeeeen !... Heureux de faire votre connaissance, demoiselle Zirah des Tyrionnis. Figurez-vous chanceuse d’être la première représentante de votre civilisation à bénir mes yeux ! Votre peuple doit disposer d’une culture et d’une vision de voir le monde bien différente de celles que j’ai pu voir jusque là. J’ose espérer en apprendre ne serait-ce qu’une once...”

Il y mettait du sien, dans ses dialogues. Mais il était fort visible qu’il - comme disent les jeunes - s’en battait royalement les couilles de la dame dragon. Il se tourna à nouveau, posant les mains sur les hanches, regardant le Magnifique John, et prononça quelques mots.

”Il ne reste plus que l’insupportable et horripilante Mercury ainsi que son rat de laboratoire de compatriote à la peau de goudron Gray Ashura, si je ne m’abuse. J’imagine qu’ils devront se partager la même chaise. Mais s’il est nécessaire, votre humble serviteur peut rester debout. Il n’est pas de mon devoir d’animer cette conférence, après tout. Je pourrais me tenir tranquille durant vos multiples tirades.”

Il avait continué d’avancer avant de se retrouver dos au mur, tranquille comme tout.